mardi 28 août 2007

25/08 L’orgie de pyramides (dixit le Routard)


Direction les pyramides de Guizeh au petit matin : nous traversons le Caire, salutairement rafraîchi par une chapeau de brume. Notre taxi se hisse sur une des routes surélevées qui ceignent le NRC, rejoint le centre ville, traverse le Nil, Zamalek, puis s'engage sur les voies rapides qui fendent les cités dortoirs de la banlieue ouest; la Guizeh moderne est une ville laide, les enseignes se font raccoleuses, on approche de la zone touristique, manne locale pour les profiteurs peu scrupuleux, devant lesquels on se sent à peine plus fier que le gras pigeon croisant le regard du chat de gouttière affamé; cadeau empoisonné pour les plus faibles, les enfants, pris dans l'engrenage de la mendicité, qui vivent au crochet des touristes, quand ce n'est pas des profiteurs évoqués, sans espoir de mieux être (stratégie de survie). Soudain par la fenêtre, au dessus des maisons blanc sale, une ombre gigantesque se découpe à travers le brouillard : la grande pyramide de Khéops. Impressionnante, émouvante de grandeur. Nous nous redressons sur les sièges effondrés de la vieille 505 break.

Mustafa, le chauffeur de taxi, qui nous a été recommandé par notre « collocataire » Naadia, nous conduit vers un haras de chameaux et de chevaux qui propose de petits circuits au milieu des pyramides. Après négociation du prix, d’abord exorbitant, nous tombons d’accord, même si j’ai encore le sentiment de me faire avoir (enfin il faut bien commencer). Nous contournons les pyramides en progressant dans ce poste avancé du désert de Lybie, passons entre quelque Mastabas émergeant du sable, avant de nous approcher de la pyramide de Khéphren. Tandis que nous descendons de nos montures pour nous promener autour de la pyramide, notre guide se fait aborder par un uniforme de la police du tourisme. Ça a l’air de chauffer. Courageusement, nous fuyons. 20 minutes plus tard, fleurs du désert, nous nous pointons: tout semble aller pour le mieux, pour les uns comme pour les autres. J’apprendrai plus tard que les conducteurs de chameaux et de chevaux ne doivent pas approcher trop près des pyramides. Enfin normalement. Enfin c'est à dire. Disons qu'on peut s'arranger, nous en avons croisé plus loin des plus dégourdis, en de meilleurs termes avec les « gardes ». Ici tout se monnaye, de la photo que l’on prend du chamelier à l’escalade de la petite pyramide de Mykerinos (la plus petite des trois). Et la police touristique n'est pas la dernière à en profiter. Nous nous écartons à nouveau des pyramides pour atteindre un petit promontoire dans les dunes : nous contemplons 40 siècles ! Se faire photographier avec ces montagnes de pierres, vingt mille fois plus vieilles que nous, quel orgueil tout de même, mais quel plaisir aussi de visiter ce lieux, sans doute le plus ancien site touristique au monde. Une promenade inoubliable.

Nous reprenons le taxi, non sans avoir salué le très photogénique sphinx, avec ses énormes papattes de pierre chaude et son pif explosé (dégommé par les Mamelouks nous rappelle le routard, et non par Obélix, bandes d’ignares). Pour rejoindre Saqqarah, situé à 25 km vers le sud, nous longeons un canal du Nil destiné à l’irrigation, et véritable cloaque puant. La route est à sens unique, mais il faut toute l’expérience de notre taximan pour venir à bout des dos d’ânes impromptus, des nids d’autruches, et des gros transporteurs routiers, véritables rois de la route reconnaissables de loin aux sombres volutes assassines qu’ils laissent derrière eux. Quelques véhicules saugrenus retiennent notre attention : entre autres ces sympathiques animaux peinards sur leurs remorques.

Nous commençons à apercevoir la limite entre la vallée verdoyante et le désert. Pour savoir si Saqqarah est loin, comptez les « carpet schools ». Elles fourmillent près du centre ville, que nous dépassons pour traverser une immense zone de cultures, palmiers eucalyptus, canne à sucre… C’est à la limite du désert que ce trouve le site immense de Saqqarah, plus ancien que celui de Guizeh, et beaucoup moins touristique. Le magnifique musée présente une partie (l’autre étant au musée du Caire) des fouilles entreprises par les différentes missions archéologiques qui se sont succédées sur place. C’est là qu’Imhotep, architecte révolutionnaire, fut le premier à transposer à la pierre les techniques jusque là réservées à l’usage du bois et du métal, et conçut la pyramide à degrés du Pharaon Djeser. Sa réputation fut telle qu’il finit par être divinisé un millier d’années plus tard. Nous visitons 2 splendides tombes, non loin de la pyramide de Djéser. Celle notamment de deux frères jumeaux, enterrés au même endroit pour conserver dans l’éternité leur mystérieuse communion. De nombreuses représentations de chasse, de pêche, se succèdent, et l’on mesure la variété et la richesse de la représentation picturale de l’époque. Une galerie couverte et ornementée de 600 mètres conduisait de l’antique cité à la nécropole. Nous y croisons quelques personnages familiers comme ce gecko, sans doute parent avec ceux qui se baladent dans notre résidence mais à qui on ne touche pas : ils bouffent les moustiques. Plus loin, nous pénétrons dans la nécropole qui entoure la pyramide à degrés de Djeser. Rares sont les touristes à cette heure où le soleil est vraiment écrasant. Nous profitons du site pour nous tout seul. Et puis finalement, nous retournons au taxi, qui nous propose encore des visites. On reviendra une autre fois. Pas dupe devant nos visages tomate, notre chauffeur a la gentillesse de s’arrêter nous prendre des nectars de mangue rafraîchissants, puis un kotchery, la nourriture de base des égyptiens : il s’agit d’un mélange de macaronis, spaghettis, riz, lentilles et pois chiches et oignons frits, couvert de sauce aux légumes. Autant dire qu’après un tel plat, la sieste est de rigueur et longue, longue la digestion. De retour dans nos pénates, sieste, film (Rois et reine, de Arnaud Desplechin, excellent), dodo.

dimanche 26 août 2007

Premières impressions d'Elsa


Quelles sont mes premières impressions ? quand on est sortis de l'avion vers 10H00 du soir (on ne dit pas 22H00 ici), j'ai senti un souffle chaud transportant une odeur très reconnaissable du désert qui nous entourait, sans pourtant n'avoir jamais mis les pieds dans un océan de sable. Puis en entrant dans le hall d'accueil de l'aéroport, j'ai vu tout autour de moi des hommes vétus de blanc, observant faits et gestes de chacun des voyageurs. Je les ai trouvés très beaux dans leurs costumes immaculés, tels des anges qui montent la garde. Nous avons enfin trouvé la personne qui nous attendait, que nous avions rencontrée un mois auparavant à Paris lors de notre formation au DEFAP. Puis nous avons roulé en taxi jusqu'à l'appartement qui nous attendait. Ce premier trajet à travers la ville laisse des impressions, des images qui marquent notre mémoire, encore vierge de ce pays inconnu. J'ai vu à nouveau ces anges à tous les coins de rue. J'osai à peine les regarder de peur de croiser leur regard, mais je voulais de nouveau admirer cette beauté pure, encore inconnue à mon « panel ». Puis un ange se tourna et montra son dos : il n'avait pas d'ailes, mais une mitraillette.

Notre appartement est de type « colonial », c'est à dire avec un style qui ne ressemble pas à celui de l'Egypte, mais qui s'est adapté à ses commodités. Il se trouve dans un immeuble de quatre niveaux, dont les deux derniers sont composés chacun de 7 ou 8 appartements, disposés autour d'une grande salle à manger et d'un grand salon commun. Tout est poussiéreux, chaud, vieillot, et vide ! Seule une personne habite encore ici, mais ne suffit pas à combler tous ces espaces de vie commune, qui restent pourtant étouffants car ils n'ont aucune fenêtre. Je découvre alors une échappatoire, comme une fenêtre ouverte ravivant d'oxygène cet espace clos et renfermé: un piano à queue au milieu du salon, recouvert d'un drap qui n'a pas réussi à le protéger de la poussière. J'ose soulever le couvercle pour tester si le son a aussi pris de l'âge, mais il est clair et juste. Je retrouve ainsi ce repère familier du clavier de piano, dont j'avais eu tant de mal à faire le deuil pour les deux années à venir.

Notre espace personnel a de hauts plafonds (environ 4 mètres) soutenant de gros ventilateurs. De vieux meubles foncés remplissent ce grand espace, mais les lampes murales ont des ampoules néons trop brillantes, et diminuent un peu cette ambiance charmante. Mon instinct féminin me dicte alors comment je pourrai personnaliser ces lieux, et j'imagine déposer ça et là des tissus égyptiens, de manière à me sentir chez moi, tout en adoptant cette nouvelle culture.


Premiers jours

21/08/2007

Nous voici, Elsa et moi, dans l’avion qui nous porte vers Le Caire. À l’ouverture de la porte, les trente et un degrés « locaux » nous envoient une bouffée d’air chaud et moite qui emplit nos gorges irritées par le froid parisien et les climatiseurs de l’avion. C’est une odeur de sable chaud et de poussière : la terre gorgée de chaleur irradie l’air déjà pollué du Caire. Nous sommes attendus par Salwa Aggag, responsable pédagogique au New Ramses College, qui nous accompagne en grande pompe vers notre résidence, située dans l’enceinte de l’établissement. Pendant le trajet, nous expérimentons la proverbiale insouciance des taximen cairotes au volant, doublant allègrement à droite, klaxonnant pour prévenir, annoncer, anticiper, interpeller, attirer l’attention, être vu, sermonner, corriger, engueuler. Peugeots 505, Simcas 1000, Fiats 128, Talbots, Coccinelles, Ritmos : chacune son timbre, sourd, criard, rauque. Nous longeons d’immenses « clubs » réservés aux militaires, dans la zone située entre l’aéroport et le centre ville; l’ancien lycée de la mission laïque, « où le roi Farouk lui-même venait suivre des cours », le quartier d’Héliopolis, le palais de l’architecte qui a conçu ce quartier dans les années 1900, le baron Empain ; enfin les portails du New Ramses College, puis celui du Sacré Cœur de Ghamra (ces deux lycées ne sont séparés que par un mur). Nous contournons cette vaste enceinte, surmontée par endroits d’élégantes grilles, pour franchir l’entrée du Ramses for Girls, sur laquelle veillent quelques gardiens peu affairés. Nous voici devant les bâtiments du Ramses College for Girls, un établissement fondé dans les années 1900, aux ouvertures en arabesques, en arcs brisés, dans le style d’Héliopolis, que nous avons longée en taxi. Un passage dans ce premier immeuble et nous arrivons dans la fameuse cour, remplie de cars. Fameuse car déjà nous savons par les volontaires qui nous ont précédé que durant l’année scolaire, sur les coups de cinq heures le matin, les conducteurs font chauffer les moteurs sous nos fenêtres, avant d’entamer la tournée de ramassage scolaire. Et en effet, des bus, il doit bien en avoir une trentaine dans cette cour, certains antiques, d’autres rutilants, cossus, sobres, allemands, nordiques, français. Encore un virage et la route s’arrête. Elle est longée de plates bandes dont l’herbe enverte et contre tout entoure palmiers, orangers, et autres arbres que je n’identifie pas. Nous montons au deuxième étage de la résidence, qui semble en compter trois en tout. Les plafonds sont hauts, les murs blancs, le sol fatigué et un peu poussiéreux. Nous pénétrons par une porte dans les locaux résidentiels conçus pour les coopérants et les missionnaires. Un large couloir, donnant au fond à gauche sur deux appartements, et à droite sur un vaste salon (130m² ?) habillé de multiples canapés fauteuils-hétéroclites, de longues bibliothèques couvertes de romans anglais, de guides touristiques, de livres de cuisine, de jeux de société. 5 ou 6 appartements donnent sur ce salon, dont le notre, que nous découvrons : une première pièce haute de plafond, avec meubles anciens, tapis aux couleurs ternes, appliques blafardes et un ventilateur au plafond, très années 1950. Au fond de la pièce, en face de l’entrée, une fenêtre dont les volets-stores baissés, les moustiquaires et le double vitrage laissent passer le bruit de la grouillante rue Ramses. À droite, deux petites pièces : cuisine plus haute que large ou longue avec frigo, petit buffet-vaisselier et four-gazinière, et un extincteur discrètement posé près le bouteille de gaz impressionnante. La deuxième pièce, un peu plus longue, fait office de salle de bains. Sur la gauche, la chambre, avec deux fenêtres : un des volets est bloqué en position à demi baissée.

Salwa nous montre ensuite le supermarché du coin. Il est bientôt minuit mais la rue est animée comme en un jour de foire et les ordures s’amoncellent sur les trottoirs, garde-manger des chats errants aux flancs creux, odeur pestilentielle décuplée par la chaleur lourde de la nuit cairote. Nous la raccompagnons devant le Ramses College où son fils l’attend. Après quelques courses rapides, nous rejoignons notre nouveau chez nous. Les lumières de la ville éclairent la chambre par l’interstice du volet cassé mais cette nuit, cela ne nous empêche pas de dormir.

22/08/2007

Nous arrivons, ponctuels au rendez-vous fixé le lendemain matin avec Hany, chauffeur du NRC, mais il semble nous attendre depuis un moment. En avance donc, les égyptiens, c’est à retenir. Dans une voiture propre et assez récente, au son d’un tube de l’été oriental qui rend la traversée du centre ville encore plus palpitante, il nous conduit au consulat où nous devons nous inscrire au registre des français à l’étranger, et demander notre carte de résident. La chaleur est déjà pesante, même si un vent chaud balaie à cette heure les rues noires du Caire. Le bâtiment est situé dans une zone où il est très difficile de stationner. Il est convenu entre nous – première difficulté due à notre méconnaissance de l’arabe – qu’Hany fera des tours de pâté de maison pendant une demi heure, puisqu’il n’y a pas d’autre solution. La salle d’attente du consulat est bien pleine et j’en ressors au pas de course une demi-heure plus tard pour prévenir le pauvre chauffeur qu’il nous faudra plus de temps. Il a finalement trouvé une place et, poussant l’air, de ses paumes tournées vers le sol, me fait signe de ne pas m’inquiéter. Quand nous ressortons une heure plus tard avec nos papiers, il nous accueille avec un grand sourire, comme si de rien n’était, sphinx impassible devant les caprices du temps.

Rencontre avec le pasteur Safwat, président de la fédération protestante d’Égypte joliment nommée « Synode du Nil », dont le siège se trouve au rez de chaussée de notre résidence. Il est en quelque sorte mon grand chef puisque toutes les écoles protestantes d’Égypte sont sous sa responsabilité. Au dessus de son large bureau de bois rouge, encadré à droite par le drapeau égyptien et à gauche par celui du Synode du Nil, une photo sur laquelle il est en compagnie du président Mubarak et du pape Jean Paul II. Il prend le temps de nous recevoir, nous sert un anglais impeccable, et, par le truchement d’une bonne (« dada ») type nurse ninetieth century, thé et café (turc). Considérations de type météorologique sont le fruit un peu fade de notre échange. Il nous faut sans doute encore apprendre les codes de la conversation orientale avant de prétendre à plus. JOUR2

23/08/2007

Sœur Geneviève, directrice de l’enseignement au Sacré Cœur de Ghamra, nous reçoit dans ce grand établissement qui jouxte le Ramses College. Nous empruntons un couloir aux dimensions colossales. Les plafonds n’ont pas moins de 5m de hauteur. Elle nous conduit sur le toit duquel on jouit d’une vue panoramique sur le Ramses college, notre résidence, la rue ramses, les bâtiments du Sacré Cœur, et tout le côté de la rue Lofti El Sayed, avec ses entrelacs de routes surélevées et ses réclames géantes de montres suisses et de parfums luxueux. Le décalage avec la réalité sociale égyptienne est d’abord surprenant, mais on s’aperçoit rapidement que se côtoient ici miséreux et nababs, chiffonniers et hommes d’affaires, charettes tirées par des mulets et 4X4 Porsche. Pour être exact, il faut ajouter que les quartiers, ceux du moins que nous avons traversé pour le moment, ont une population socialement assez homogène.

Le Sacré Cœur est un « lycée » (le cursus va de la maternelle au bac) de filles, assez réputé pour la qualité de son enseignement. L’échange entre Sr G. et Elsa : elles semblent être sur la même longueur d’ondes en matière de pédagogie et de discipline.

Nous rejoignons ensuite le Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC), où Salwa travaille en tant que conseillère pédagogique pour l’enseignement universitaire. Difficile de trouver ce centre, et nous tournons pendant une bonne heure dans un quartier planté de tamaris et d’eucalyptus. Nous traversons un groupe d’hommes attablés à un terrasse de café, dépassons des étalages aux couleurs chamarrées, déployés à même le plateau des charrettes accourues de la banlieue (un peu) plus verte, longeons un trottoir de terre battue où des mécaniciens couverts de crasse nettoient et réparent des pièces de moteurs ; les têtes se tournent sur notre passage, et nous feignons l’indifférence pour cacher notre gêne de nantis au milieu des nécessiteux. Peut-être ce simulacre d’indifférence est-il encore plus blessant pour eux et entretient-il le malentendu ? Nous ne connaissons pas l’attitude juste, si elle existe. Le contraste avec le CFCC, car enfin nous finissons par le trouver, est d’autant plus foudroyant. Un havre de propreté, de bien être, d’insouciance, un morceau de France, greffé contre-nature. Nous sommes présentés à quelques « expats », malaise face à eux, avec eux, conscience travaillée de complices que l’extrême pauvreté propulse au rang de privilégiés.

Et pourtant notre appétit est toujours là. Dans une cour intérieure arborée et carrelée, où des garçons en tenue balaient toutes les heures pour faire disparaître les premières feuilles mortes (beurk), le bar restaurant du CFCC. Nous dégustons une assiette de poulet en sauce accompagnée de frites et de tomates grillées. Puis, direction Talaat Arb, grosse artère commerçante où Salwa nous a indiqué une librairie francophone bien fournie en ouvrages sur l’Egypte. On se perd, bien sûr, jusqu’à ce qu’un « gentil » monsieur nous embrouille, en disant vouloir nous montrer un grand magasin où, c’est sûr, nous trouverons ce que nous cherchons. Nous atterrissons en fait au premier étage de sa boutique, avec un livre d’or dans la main, les murs couverts de minables imitations de papyrus, et des flacons remplis de liquides suspects. Il nous propose de boire un soda, Elsa commence à stresser, mais l’homme nous explique que c’est l’hospitalité égyptienne. Lorsqu’il remonte, il commence à nous faire sentir les flacons, remplis d’huiles essentielles, sans alcool, se vante notre commerçant, et venant du jardin de son père (un immense jardin rempli de fleurs plus en amont de la vallée du nil digne des images idylliques du Roman de la momie, de Gautier). De fait, toujours très courtois et souriant, il devient de plus en plus insistant pour nous vendre un de ces parfums. Après lui avoir répété une dizaine de fois que nous n’en voulons pas, nous voyons son visage se fermer d'un coup, la gentillesse apparente cède la place à un mépris ostentatoire, et il nous indique la sortie, voix et geste autoritaires. De retour au milieu de la cohue du centre ville, assommés par la chaleur, les bruits, le repas, et notre aventure de nouveaux/niais venus nous nous dirigeons vers la station de métro la plus proche pour retrouver nos pénates plus fraîches et calmes. Repos. À 18h, Salwa vient nous chercher en voiture et nous mène au parc El Azhar, proche de l’université éponyme, qui est la plus ancienne université islamique au monde (~1300). C’est une colline située au sud est du Caire, d’où l’on domine, face au levant, le quartier des chiffonniers et les cimetières musulmans, et face au couchant, le Khan El Khalili, un gigantesque souk grouillant d’activité nuit et jour. La photo carte postale du Caire au soleil couchant, coupoles et minarets, tours émergeant dans la lumière diffuse de la brume du soir. Je pensais que ces photos avaient été prises avec un filtre : il n’en est rien : la pollution et la poussière suffisent à donner à ce coucher de soleil son côté rêve oriental. Nous mangeons dans un restau où toutous et locaux se mélangent, éperdus de beauté face à la citadelle que surplombe la grande mosquée de Mohammed Ali rouge sang. Un enchantement. Dire que tout à l’heure nous étions dans les quartiers popu du centre ville. C’est le paradoxe du volontaire le cul entre deux chaises, la tête et le porte monnaie entre deux mondes, et l’âme où vous voulez je ne sais pas faire les bouquets.


24/08/2007

Nous restons enfermés dans notre citadelle. Nous sommes épuisés. Le soir, nous prenons tout de même le métro jusqu’à la station Sadat, non loin du Musée. Voyons enfin pour la première fois et traversons le Nil, beau coucher de soleil sur la tour du Caire et sur l’île de Zamalek. Balade dans Zamalek, quartier chic de la capitale, et son immense club Gezirah avec hippodrome, excusez du peu. Les prix des magasins sont multipliés par 10, excepté dans les épiceries et les restaurants où les plats sont toujours aussi peu chers. Retour en taxi et première victoire : le chauffeur accepte sans discuter la liasse (il y a ici des billets de 25 piastres _ 25 centimes de francs) que je lui tends, l’air sûr de moi. Était-ce un prix honnête ? Il me semble bien, ou bien lui ai-je trop donné et je comprends aussi qu’il n’ait pas mouffeté.