Direction les pyramides de Guizeh au petit matin : nous traversons le Caire, salutairement rafraîchi par une chapeau de brume. Notre taxi se hisse sur une des routes surélevées qui ceignent le NRC, rejoint le centre ville, traverse le Nil, Zamalek, puis s'engage sur les voies rapides qui fendent les cités dortoirs de la banlieue ouest; la Guizeh moderne est une ville laide, les enseignes se font raccoleuses, on approche de la zone touristique, manne locale pour les profiteurs peu scrupuleux, devant lesquels on se sent à peine plus fier que le gras pigeon croisant le regard du chat de gouttière affamé; cadeau empoisonné pour les plus faibles, les enfants, pris dans l'engrenage de la mendicité, qui vivent au crochet des touristes, quand ce n'est pas des profiteurs évoqués, sans espoir de mieux être (stratégie de survie). Soudain par la fenêtre, au dessus des maisons blanc sale, une ombre gigantesque se découpe à travers le brouillard : la grande pyramide de Khéops. Impressionnante, émouvante de grandeur. Nous nous redressons sur les sièges effondrés de la vieille 505 break.
Mustafa, le chauffeur de taxi, qui nous a été recommandé par notre « collocataire » Naadia, nous conduit vers un haras de chameaux et de chevaux qui propose de petits circuits au milieu des pyramides. Après négociation du prix, d’abord exorbitant, nous tombons d’accord, même si j’ai encore le sentiment de me faire avoir (enfin il faut bien commencer). Nous contournons les pyramides en progressant dans ce poste avancé du désert de Lybie, passons entre quelque Mastabas émergeant du sable, avant de nous approcher de la pyramide de Khéphren. Tandis que nous descendons de nos montures pour nous promener autour de la pyramide, notre guide se fait aborder par un uniforme de la police du tourisme. Ça a l’air de chauffer. Courageusement, nous fuyons. 20 minutes plus tard, fleurs du désert, nous nous pointons: tout semble aller pour le mieux, pour les uns comme pour les autres. J’apprendrai plus tard que les conducteurs de chameaux et de chevaux ne doivent pas approcher trop près des pyramides. Enfin normalement. Enfin c'est à dire. Disons qu'on peut s'arranger, nous en avons croisé plus loin des plus dégourdis, en de meilleurs termes avec les « gardes ». Ici tout se monnaye, de la photo que l’on prend du chamelier à l’escalade de la petite pyramide de Mykerinos (la plus petite des trois). Et la police touristique n'est pas la dernière à en profiter. Nous nous écartons à nouveau des pyramides pour atteindre un petit promontoire dans les dunes : nous contemplons 40 siècles ! Se faire photographier avec ces montagnes de pierres, vingt mille fois plus vieilles que nous, quel orgueil tout de même, mais quel plaisir aussi de visiter ce lieux, sans doute le plus ancien site touristique au monde. Une promenade inoubliable.
Nous reprenons le taxi, non sans avoir salué le très photogénique sphinx, avec ses énormes papattes de pierre chaude et son pif explosé (dégommé par les Mamelouks nous rappelle le routard, et non par Obélix, bandes d’ignares). Pour rejoindre Saqqarah, situé à 25 km vers le sud, nous longeons un canal du Nil destiné à l’irrigation, et véritable cloaque puant. La route est à sens unique, mais il faut toute l’expérience de notre taximan pour venir à bout des dos d’ânes impromptus, des nids d’autruches, et des gros transporteurs routiers, véritables rois de la route reconnaissables de loin aux sombres volutes assassines qu’ils laissent derrière eux.
Quelques véhicules saugrenus retiennent notre attention : entre autres ces sympathiques animaux peinards sur leurs remorques.
Nous commençons à apercevoir la limite entre la vallée verdoyante et le désert. Pour savoir si Saqqarah est loin, comptez les « carpet schools ». Elles fourmillent près du centre ville, que nous dépassons pour traverser une immense zone de cultures, palmiers eucalyptus, canne à sucre… C’est à la limite du désert que ce trouve le site immense de Saqqarah, plus ancien que celui de Guizeh, et beaucoup moins touristique. Le magnifique musée présente une partie (l’autre étant au musée du Caire) des fouilles entreprises par les différentes missions archéologiques qui se sont succédées sur place.
C’est là qu’Imhotep, architecte révolutionnaire, fut le premier à transposer à la pierre les techniques jusque là réservées à l’usage du bois et du métal, et conçut la pyramide à degrés du Pharaon Djeser. Sa réputation fut telle qu’il finit par être divinisé un millier d’années plus tard. Nous visitons 2 splendides tombes, non loin de la pyramide de Djéser. Celle notamment de deux frères jumeaux, enterrés au même endroit pour conserver dans l’éternité leur mystérieuse communion. De nombreuses représentations de chasse, de pêche, se succèdent, et l’on mesure la variété et la richesse de la représentation picturale de l’époque. Une galerie couverte et ornementée de 600 mètres conduisait de l’antique cité à la nécropole. Nous y croisons quelques personnages familiers comme ce gecko, sans doute parent avec ceux qui se baladent dans notre résidence mais à qui on ne touche pas : ils bouffent les moustiques.
Plus loin, nous pénétrons dans la nécropole qui entoure la pyramide à degrés de Djeser. Rares sont les touristes à cette heure où le soleil est vraiment écrasant. Nous profitons du site pour nous tout seul. Et puis finalement, nous retournons au taxi, qui nous propose encore des visites. On reviendra une autre fois. Pas dupe devant nos visages tomate, notre chauffeur a la gentillesse de s’arrêter nous prendre des nectars de mangue rafraîchissants, puis un kotchery, la nourriture de base des égyptiens : il s’agit d’un mélange de macaronis, spaghettis, riz, lentilles et pois chiches et oignons frits, couvert de sauce aux légumes. Autant dire qu’après un tel plat, la sieste est de rigueur et longue, longue la digestion. De retour dans nos pénates, sieste, film (Rois et reine, de Arnaud Desplechin, excellent), dodo.

2 commentaires:
Salut les petits copains !
Je vois que vous êtes déjà dans le bain égyptien et que les pyramides, les taxis et même le kochari n'ont déjà plus de secrets pour vous, bravo ! Attention aux arnaques en tous genres effectivement, mais çà aussi vous avez déjà su le gérer mafish moushquillah, donc vous vous passerez allègrement de moi c'est génial !
Rendez-vous pour le musée du Caire en tous cas !
A bientôt, Inshallah !
Corine, de passage au Defap avant "Corine, le retour" !
Quel récit savoureux !...
Je vous l'ai dit, on voyage avec vous...
Merci !
Bises à tous les deux,
Elisabeth
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