Un couloir désert comme dans les films d'angoisse. Ce n'est le Tokyo de Kairo, mais la plus grosse station de métro du Caire (Sadat), déserte en ce moment à l'heure de l'Iftar, la rupture du jeûne. La ville est à nous: plus de calculs pour traverser les rues, les métros vides, un calme inhabituel, mais plus aucune animation (âme) non plus: oui, la ville est à nous mais elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.
A quelques centaines de mètres de chez nous, une des cathédrales coptes les plus importantes du Caire, résidence du pape Shenouda III lorsqu'il n'est pas à Alexandrie. Géhane, une collègue du NRC, nous a accompagné pour assister à une messe en copte/arabe. La liturgie est très belle, longue, bien sûr, quand on ne comprend pas grand chose, mais l'air alourdi d'encens, la pénombre chargée de dorures et de pourpre, passée la première impression d'étouffement, ont quelque chose de mystérieux et invitent au recueillement. Après l'eucharistie qui dure plus d'une heure (soit un tiers de la durée de l'office), le prêtre mange et boit le reste des éléments, il nettoie les plats méticuleusement, pour ne rien gaspiller du corps du Christ. Puis au moment de la bénédiction finale, il asperge l'assemblée de la même eau qui a servi à nettoyer les plats. Enfin l'assemblée quitte l'eglise, emportant avec elle un peu du "pain sacré" que le prête lui a remis.Nous partons en reconnaissance dans le quartier d'Héliopolis, où Elsa va commencer les cours à raison d'une heure par semaine. Voici son lycée: le Sacré Coeur d'Héliopolis, jumeau de celui où elle travaille habituellement à Ghamra. Pas mal non ?

On trouve à Héliopolis de nombreuses villas début XXe. En voici un exemplaire plutôt réussi. (et désolé pour le flou)

Un autre jour, Michel, une connaissance de la paroisse, nous invite à la piscine. Il faut prendre le bus car cette piscine là se trouve au club de Rehab, ville nouvelle construite dans le désert en direction de la mer Rouge, à une demi-heure du Caire. A l'horizon se profilent les barres d'immeuble d'El Qahîra el Geddida (le nouveau Caire, un de plus).
A l'entrée du quartier, fait assez rare pour être mentionné, une eglise Copte en construction. Normalement, aucune église ne peut plus être créée depuis quelques dizaines d'années et les chrétiens doivent utiliser des locaux qui servent ou ont déjà servi d'église.
Au milieu du désert, une ville champignon, où l'air est pur, exempt de la pollution monstrueuse du Caire: à la sortie du bus, nous nous rendons compte que nous avions oublié le bonheur de respirer un air sain. On s'attend même à voir la mer surgir au bout d'une rue. Ce genre de villes a beaucoup de succès. Michel et son frère Rafik y ont chacun leur appartement. Mais les prix augmentent car les riches arabes du golfe (iraquiens notamment) apprécient ces résidences bon marché (pour eux), au calme, pas trop éloignées de l'aéroport.

L'entrée du club, dont Michel et son frère sont membres "à vie". C'est le système égyptien des clubs, où les gens aisés peuvent se retrouver, faire du sport, se détendre. La lampe est une fanous. Symbole du mois de Ramadan, les boutiques et les habitations en sont couvertes.

La piscine (en fait il y en a trois comme ça), spacieuse et déserte pendant cette période de jeûne pour les musulmans.

Et au bout du club, oasis de verdure, le désert qui recommence:

Après la visite des appartements superbement meublés des deux sympathiques frangins, nous rentrons au Caire dans la "rafik-mobile", une énorme land rover des années 1980, que Rafik a entièrement retapé. Pour une fois, c'est nous qui sommes les rois de la route, et les mini bus et autres petits taxis n'ont qu'à bien se tenir.










