jeudi 22 novembre 2007

Soirées

Avec l'année qui avance, il y a eu plusieurs occasions de voir du monde.
Jeudi dernier c'était le "graduation day", remise des diplômes pour les élèves qui ont eu l'équivalent de leur bac l'année dernière. Tous les élèves étaient vêtus de toges et de ces chapeaux carrés qu'on ne voit que sur la tête des étudiants américains.La cérémonie, très protocolaire, avec hymne national au début et à la fin, se déroulait dans "le plus petit" des halls du palais des congrès du Caire (une salle immense, je n'ose imaginer la taille des autres). Avant la remise des diplômes, de nombreuses animations se sont succédées, chants interprétés par l'une des lauréates, morceaux de musique, discours de plusieurs VIP présents pour l'occasion. Avec un collègue saxophoniste et un élève pianiste, je joue régulièrement de la guitare et la prof de musique nous avait aussi demandé de participer. Nous avons donc interprété deux "standards": Besame mucho et Autumn Leaves (Les Feuilles mortes), au début et à la fin de la cérémonie. Pour l'occasion, on m'a prêté une guitare superbe, un modèle jazz sur laquelle c'était un vrai plaisir de jouer. Alors je crâne...Je me suis rappelé le jour où je suis allé chercher mon bac, à peine une félicitation de la part de la secrétaire dans ce bâtiment administratif désert du lycée. C'est quand même dommage qu'en France, nous ne marquions pas davantage le passage entre lycée et études supérieures. Toutes les années de collège et de lycée aboutissent à un examen à l'issue duquel on ne voit généralement même pas ses copies. Même si la cérémonie fut parfois un peu ennuyeuse, il est certain qu'elle restera dans la mémoire de ces élèves.

Dimanche, avant le cours d'arabe, nous avons reçu pour le déjeuner la joyeuse bande des volontaires DCC (Délégation Catholique pour la Coopération). Comme pour tout bon-repas-de-dimanche-midi qui se respecte, nous avons mis les petits plats dans les grands. C'était aussi une l'occasion comme on n'en a pas souvent d'ouvrir une bonne bouteille de "grand marquis", l'un des meilleurs (disons correct) crus locaux. Un joyeux moment. Claire, Elodie, Cécile et Elsa, à l'arrière du taxi qui nous conduit vers le DEAC, où nous poursuivons nos cours d'arabe.



Et ce soir (jeudi 22), le Dawson Hall, notre résidence, d'habitude déserte et calme, se remplit de monde. La raison, c'est cette énorme dinde, semblable à celle que jadis, de généreux indiens d'amériques auraient offert aux quelques pilgrims décharnés qui avaient débarqué sur leurs côtes. Notre premier "Thanksgiving" fut l'occasion de rencontrer de nombreux américains de la paroisse de St Andrew, en centre ville (ouest el balad), de goûter de fameux plats traditionnels. Elsa devant sa pumkin' pie, tarte à la courge _ courge, cannelle, gingembre, clou de girofle Sarah, volontaire américaine travaille à plein temps à l'orphelinat Fowler

Nate et Milly, nos voisins


Ce fut aussi l'occasion d'entendre de nombreux noëls anglais, accompagnés notamment au piano par sans doute l'une des plus anciennes résidentes américaines au Caire.

dimanche 18 novembre 2007

Le Sinaï en images

Quelques photos du Sinaï que nous avons récupérées grâce à Corine.

Sous la tente de bédouins, le soir de l'ascension du Mont Horeb; chacun rassemble ses forces et tente de dormir un peu.

Je vous l'avais dit, j'ai cadré un tas de photos pour le blog, mais Maalesh...

Une fois au sommet, adossés à la paroi de la chapelle, l'attente dans le froid.



Enfin les premières lueurs de l'aube.

A nos pieds, l'immense vallée s'éclaire peu à peu.


Le voilà enfin.
...Maalesh
Notre voisine Corine, auteur des photos, devant un panorama splendide

"un massif de déserts"
Pendant la descente, on croise très peu de vert
Le sentier est aride

Et quand on lève la tête... le contraste entre la pierre poussière et le ciel pur (comme jamais au Caire). A droite, ce n'est pas un reflet sur votre écran mais la lune.

Les fourbes chameaux égyptiens ont vraiment les dents pourries et ils le savent.
C'est pourquoi ils gardent la bouche fermée quand il veulent attirer le promeneur las.

En revanche, ce sont de vrais esthètes.


Vue du mont Horeb: sur la corniche, à gauche, le point blanc est la chapelle d'où nous avons contemplé le lever du soleil.

Au fond de cette vallée, on devine le monastère Sainte CatherineLe mur de Justinien, 6ème siècle après J-C, et l'entrée des visiteurs.

jeudi 15 novembre 2007

Mens sana...

Vendredi dernier, sortie au musée des antiquités (ce n'est pas trop tôt, deux mois et demie après notre arrivée). L'entrée monumentale: passé le portique malheureusement, il faut laisser l'appareil photo à la consigne...


En fait nous tenions absolument à bénéficier pour cette visite de la présence éclairée et éclairante de Corinne, qui, en égyptologue confimée, nous a conduit tambour battant pendant trois bonnes heures au milieu de ces trésors, voltigeant d'une dynastie à l'autre, franchissant gaillardement les époques comme les pharaons le Nil pour leur dernière demeure, pimentant ses récits d'anecdotes croustillantes (les tribulations d'Hatchepsout à la sauce Gala) et de réflexions sur l'héritage égyptien, le tout commenté et réinterprété à la lumière de l'Egypte contemporaine par Madame Salwa, ex future référente de mon poste au NRC. Bref, nous avons passé des heures savoureuses dans ces immenses et vénérables murs, malgré les flots de touristes nous doublant au pas de course. Encore une fois, grâce à Corine, qui a visité le musée avant l'interdiction (2003), et qui a bombardé, voici une petite sélection de photos:


Auguste Mariette, voyant tous les trésors de l'Egypte rejoindre les grands musées européens, a la sagesse de faire construire un musée au Caire, où les égyptiens pourront contempler leur histoire. Le musée est constitué de deux étages comprenant chacun quatre monumentales galeries formant un immense carré. La lumière pénètre par une vaste coupole donnant sur l'espace intérieur.
Djéser, pharaon qui a fait édifier la pyramide à degrés de Saqqarah (voir la relation sur ce blog de notre visite aux pyramides fin août)...

Le bel Akhénaton, qui a révolutionné les canons de la représentation artistique de son temps



Ce regard...
est celui de la femme d'un notable. Les statues de ce beau couple sont dans un état de conservation stupéfiant.

Le magnifique visage d'une statue en bois ("le chef de village") remonte à plus de 2000ans
Pour se requinquer, repas au Felfela, le resto de gastronomie locale, adresse pour touristes également, où normalement, on n'a pas de mauvaise surprise. Mal inspiré, je commande une “shawerma with trotters”. La dernière fois je me suis régalé avec “shawerma with meat”, alors pourquoi ne pas tenter la nouveauté? En fait, “trotters” désigne les tripes, pas à la lyonnaise mais dans une bouillie moyennement de mon goût. Je mangerai moins ce soir...

Le lendemain, heureusement, je reçois enfin le colis d'anniversaire de mes parents. Comment requinquer deux français exilés de l'autre côté de la méditérranée?
Prenez quelques picodons et un saucisson, qu'avec beaucoup de soin et autant de foi, vous emballerez pour la grande traversée. Ajoutez une pâte de coing préparée avec amour par papa cordon bleu, deux ou trois barres de nougat, un paquet de truffes au chocolat; deux boîtes de foie gras pour entretenir les abdos, des carambars, et des tubes de crème de marron Clément Faugier. N'oubliez pas une bonne bouteille de vin que de scrupuleux douaniers ne manqueront pas de subtiliser pour leur cave perso. Il n'en faut pas plus, mais pour faire les choses “bien”, et étrenner notre cocotte minute reçue avec les malles, nous nous sommes préparés en plus un petit pot au feu de derrière les fagots, précédé d'un bon potage. Rondeurs des picodons bien faits et longuement mûris, fumet du saucisson rescapé de la grande traversée, délicieuse pâte de coings aux éclats qui restent dans le creux des dents... que vous nous êtes chers! Ardetcho, merveillou païs!

mardi 13 novembre 2007

A l'orphelinat

En général on y va le mercredi après midi pour le soutien, puis on essaie de chanter un peu avec les filles qui sont motivées. Mais parfois il faut reconnaître qu'après 2 ou 3 h de soutien, on manque un peu d'énergie pour se dégourdir les cordes vocales. On sait que les filles, tous âges confondus, travaillent de 15 à 19h30- 20h tous les jours de classe (du lundi au jeudi et le samedi), on s'est dit qu'il serait mieux de d'aménager une pause en milieu d'après midi. La pause a été appréciée à sa juste valeur mais quelle affaire ensuite pour les remettre au travail (on les comprend...). Alors on a essayé de séparer plus nettement temps de devoirs et temps de divertissement et on est venu un vendredi, jour non travaillé, pour faire un peu de chorale, quelques jeux... et c'était super.

Le style en tongs, s'il vous plaît!

Le virage nord, pas très concerné

But!

Le goûter

Soeur Marie Venise, qui dirige l'orphelinat, nous a proposé de rester pour partager le repas avec les filles. Nous voici donc assis devant les longues tables étroites de la salle de réfectoire! Les enfants nous regardent avec amusement, pour une fois c'est nous qui sommes intimidés. Pendant que les plus âgées font le service, les plus petites chantent jusqu'à ce que tout le monde soit servi (je ne me suis pas fait traduire les paroles du chant, qui durait pas moins de 10 minutes).

Extrait

Puis, une prière, et à table. En qualité d'invités, nous avons été servis plus que les enfants, pourtant c'est bien eux qui en auraient besoin. Sr Marie Venise devine notre embarras et nous dit qu' il y aura de quoi resservir tout le monde. C'est jour de viande, jour de fête. Quelle voracité.

La cuisse de poulet ne fera pas long feu

Certains enfants souvent ceux qui viennent d'arriver, qui ne sont pas toujours en bonne santé, et jamais bien épais cassent les os avec leurs dents pour en sucer la moelle. Pourtant, à la fin du repas, il y a en effet de quoi se resservir, et chacun mange à sa faim. Mais il s'agit sans doute de réflexes pas encore abandonnés ; réflexes révélateurs...

Le repas s'achève et les enfants s'échappent pour leur temps libre. Nous restons encore discuter un peu avec Soeur Marie puis nous rentrons, abasourdis comme à chaque fois par le brouhaha continuel dans lequel vivent ces enfants. Le Caire n'est pourtant pas une ville silencieuse.


mercredi 7 novembre 2007

Pas de photos

Jeudi matin, après une courte nuit, je rejoins Corinne, notre voisine envoyée du Défap, en bas de la résidence. Direction de le prebytère où nous avons rendez-vous pour le départ au Sinaï. Cette fois, c'est un grand car dans lequel pas mal de membres de la paroisse et quelques pièces rapportées prennent place.
Après 3-4 heures de route, nous effectuons une première escale après avoir franchi le canal de Suez, dans l'une des nombreuse plages privées, toutes plus moches les unes que les autres, qui bordent la mer Rouge. Celle-ci est particulièrement gratinée. Un grand hall d'entrée nickel, climatisé, puis une allée bordées de chambres à l'abandon, une piscine d'un vert de non retour, et la plage, où se dressent quelques vieilles paillottes rouillées. Malgré le côté motel pourri et les cahuttes tristounes, la mer est belle. Avec la marée basse, quelques bancs de sables émergent le long de la jetée qui s'effondre à moitié, et conduit nos regards à fleur d'un dégradé de bleus superbes. Sous une large pailotte, dont quelques palmes séchées cachent mal l'armature disloquée, nous mettons en commun nos pique-niques pour une agapée de babaghanoug, cuisses de poulets, pains baladi, chous africains, et sodas à volonté. En début d'après midi, départ pour la deuxième étape de notre voyage, qui nous conduit cette fois dans une vallée proche du monastère Sainte Catherine. Après un temps de recueillement, nous prenons notre repas sous une immense tente de laine, étendus sur des tapis, à la chaleur du feu, avant de dormir tant bien que mal jusqu'à minuit et demie. Plus motivé que jamais, notre groupe s'engouffre bientôt dans le car pour effectuer le dernier court trajet jusqu'au point de départ de la randonnée. A 1h du matin, encore assez peu de touristes. Et c'est parti, nous arpentons vaillament le large chemin, dépassons les hauts murs du monastère, puis l'armada de chameaux et de chameliers en quête de pélerins à soulager. Le chemin se rétrécit. Plus raide, il devient aussi plus irrégulier. Autour de nous, un paysage de montagnes pierreuses, blanchies par la lune. Après 1h30 d'ascension à grandes enjambées, nous arrivons au pied d'une barre rocheuse, que surmonte le mont Horeb, appelé ici Djebel Mossa (Mont Moïse). Nous traversons une faille dans la roche, atteingnons l'autre versant, et commençons le dernier trait de la randonnée. Un "escalier" de pierres irrégulières: plus que quelques centaines de marches et nous toucherons au but. On devine des deux côtés du sentier les caisses des bonimenteurs qui à la descente nous proposerons tout une panoplie d'objets en albâtre, de figurines de pierres, d'éclats de cristaux. Bientôt la pente se fait moins raide, nous arrivons à une petite chapelle d'où s'exhalent des odeurs d'encens, et le son monocorde d'une prière copte. Il est 3h du matin et des pélerins célèbrent une messe. Je ne réussis pas à savoir en quel honneur. Je pénètre toutefois à l'intérieur. La pièce mesure peut-être 6mètres sur 4, mais une cinquantaine de personnes sont présentes, brassées par la procession qui m'entraîne moi aussi devant l'autel où un moine copte, avec son énorme chignon et sa barbe de prophète se prépare pour je ne sais quel moment de la liturgie. La lumière est très douce, quelques bougies seulement; elle éclaire faiblement la nef basse et les quelques icônes. Je ressors de la chapelle, longe la paroi du bâtiment et m'avance vers le panorama, surplombant le promontoire en dessous duquel nous nous trouvions tout à l'heure. Un paysage lunaire que cette immense vallée déserte, où seules quelques sélénites lueurs accompagnent les randonneurs partis après nous. Quelques mètres en arrière se trouve aussi un autre bâtiment entouré d'une grille de fer forgé, ouverte par un portillon. Elle donne sur un autre promontoire, au sud-est. A l'arrière des deux édifices, à l'ouest, s'étend une longue succession de sommets éclairés par la lune. Je fais quelques photos en ouverture longue, puis rattrappé par la fatigue accumulée, je rejoins mes compagnons d'ascension adossés à la paroi de la chapelle, serrés et enmitouflés sous quelques couvertures loués au prix fort. Impossible de dormir avec le froid et surtout le bruit des pélerins de plus en plus nombreux avec l'approche de l'aube. Le lever de soleil s'annonce bientôt. Il est temps de trouver une bonne place pour admirer tout ça. Sur le promontoire à l'avant du second bâtiment, je m'installe à côté de boliviens qui chantent des cantiques pour se réchauffer et réclamer la bénédiction de Dieu sur leur pays. Il arrive enfin, le soleil, “el shams”, pulvérisant d'abord dans le ciel une vaste palette de couleurs dans les tons jaunes, puis rouges, qui tranchent avec les silhouettes bleutées des montagnes. La lumière argentée de la lune cède la place aux lueurs de l'aurore, et rend peu à peu aux reliefs avoisinant leur couleur réelle. Le gris domine d'abord, tirant ensuite sur le marron puis le rose, bientôt rendu plus profond avec la lumière directe du soleil, tandis que les ombres reprennent leur teintes ocres-brun.

Le soleil à peine levé, les guides les plus pressés rassemblent déjà leurs groupes pour entamer la redescente: quelle pitié de retrouver ce rythme effreiné, si typiquement occidental, et dont j'avais oublié la pesanteur et l'absurdité au contact de mes frères africains et de mes collègues égyptiens. Notre guide, lui aussi, est pressé de regagner la vallée. Peut-être cela lui permettra-t-il de faire une nouvelle ascension avant que le soleil ne soit trop haut? Nous nous insérons donc dans la longue file absurde des touristes, à la queue leu leu, qui regardent déjà en bas alors que le ciel n'a pas fini d'être rempli de la lumière du soleil. Il me semble quitter le spectacle avant la fin. D'ailleurs, la descente nous offre encore son lot de points de vue époustouflants. Le monastère Ste Catherine, à peine éveillé, nous accueille en bas deux deures plus tard. Hélàs, c'est un de ses jours de fermeture (je peste contre les organisateurs de la sortie qui ne l'ont pas vérifié à temps). Je me console avec un expresso imbuvable tarif avenue Montaigne, servi par l'une des nombreuses échoppes qui entourent le parking point de départ de la balade. Le car se remplit au gré des arrivées échelonnées. Nous repartons vers 11h, pour un trajet on ne peut plus calme. Nous arrivons au Caire vers 17h. Accompagné de Corine, de notre ami Michel et de la femme du pasteur (ces derniers, qui n'ont pas fait l'ascension, veulent assister à la vente de charité organisée au profit de l'orphelinat qui se tient dans l'enceinte du NRC), on prend un taxi pour effectuer le dernier court trajet entre le centre ville et le collège. Dernière mésaventure, alors que nous arrivons devant les grilles du collège, le taxi se met à crier comme un putois devant la somme que je lui ai tendue. Voulant éviter une discussion pénible, je sors précipitamment du véhicule, lui donne une livre de plus, qu'il m'arrache tout de même des mains, puis m'éloigne du tacot sans me retourner. Ce n'est que douché et reposé que je m'aperçois que je n'ai plus mon appareil. Autant dire que mon brave chauffeur ne le ramènera pas, puisqu'il va tripler son salaire en le revendant. Dommage pour l'appareil, et dommage surtout pour toutes les photos que j'avais amoureusement cadré pour partager ces moments avec Elsa et avec vous. “Maalesh” signifie à peu près “tant pis”. Les égyptiens se gargarisent de ce mot. Avec tous les contretemps, toutes les contrariétés qu'on subit ici, il y a en effet de quoi devenir philosophe. (pas de photos: CQFD)

P.S.: autre version de cette ascension (avec photos) sur le blog de Corinne:http://corinefertiti.blog.lemonde.fr/2007/11/12/aventures-au-sinai-episode-2/


dimanche 4 novembre 2007

Pour mémoire

Samedi 6 octobre était jour de fête nationale en Egypte. En mémoire de la victoire du 6 octobre 1973. L'occasion de réviser un peu mon histoire puisqu'il me semblait qu'il s'agissait d'une victoire d'Israël (guerre du Kippour). Plutôt que de servir un laïus réchauffé, je vous invite à consulter ces liens, pour info. Voici l'origine des faits :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_six_jours
Et les faits eux mêmes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Kippour
Pour les plus pressés, je résume : 6 octobre, l'Egypte et la Syrie attaquent conjointement, par surprise. L'armée égyptienne traverse le canal de Suez et franchit les lignes israëliennes. Quelques jours plus tard, la tendance s'inverse et, grâce à l'aide américaine (on est en pleine guerre froide et l'URSS, soutient l'Egypte depuis la privatisation du canal par Nasser) les israëliens reprennent du terrain, traversent à nouveau le canal et avancent en territoire égyptien (la troisième armée égyptienne est encerclée) jusqu'à ce que le cessez-le-feu exigé par l'ONU soit appliqué.
Alors pourquoi victoire? Victoire psychologique répondent les égyptiens, et en effet, la première victoire surprise permet à Sadat de négocier sur un pied d'égalité avec Israël, et aboutira aux accords de Camp David (1978) et le retrait des troupes israéliennes de toute la péninsule du Sinaï. Et pourtant ce jour est devenu fête nationale.
Bon, je passe sur les conséquences à plus long terme (1er choc pétrolier en représailles des pays arabes contre l'aide américaine à Israël, puis suite aux accords de Camp David, exclusion de l'Egypte de la Ligue Arabe...).
Au début de mon séjour, j'ai souvent questionné mes interlocuteurs égyptiens pour qu'ils me racontent l'histoire de leur pays, je n'ai obtenu à chaque fois que réponses approximatives, rapides, ou pas de réponse du tout. En fait, j'ai découvert récemment, que les petits égyptiens n'ont pas l'heur de se voir octroyer des cours d'histoire. Une matière appelé quelque chose comme "science économique et géographique" leur permet de voir la géographie et l'économie, et pendant les cours d'arabe - obligatoires au demeurant depuis cette année, y compris dans les écoles internationales - ils apprennent l'histoire de l'Islam. Mais apparemment pas d'histoire contemporaine. Du coup la mémoire collective est courte, et parfois l'histoire carrément subjective. Et voilà qui explique la haine viscérale que se vouent réciproquement égyptiens et israëliens.

Un mois

Bonjour à tous,
voilà un mois que nous faisons les flemmards, et vous laissons sans nouvelles. Nous vous avions quitté début octobre avec nos soucis de bagages non accompagnés et notre excursion à Alexandrie. L'épisode bagage n'est pas resté sans suite. Nous avons finalement récupéré nos passeports au CFCC (Centre Français de Culture et de Coopération) avec les permis de travail pour cette année. Soit dit en passant, nous avions donné ces passeports fin août : ils n'ont été expédiés au ministère que le 12 septembre pour le mien, et le 30 pour Elsa ! Encore une illustration de la proverbiale lenteur de l'administration, en Egypte plus sensible encore qu'ailleurs. Bref, nous avons reçu nos documents, et j'ai tout de suite contacté le transporteur, par le truchement de Salwa Agag, notre référente locale arabophone. Las ! Deux week ends fériés (les samedis 6 et 13 octobre: à ce sujet, voir l'article "mémoire") l'obligeaient à garder mon passeport longtemps, trop longtemps à mon goût, et nous empêchaient du même coup de voyager à notre gré pendant l'une des rares périodes de vacances que nous avons en commun. Nous avons donc préféré attendre la fin de cette période.
Le 6, nous avons découvert avec émerveillement le quartier copte du Caire, l'un des plus anciens. La station de métro Mar Girgis (Saint Georges), débouche juste en face du musée copte, installé dans une splendide demeure au coeur d'un parc. En rénovation pendant plusieurs années, le musée a réouvert ses portes au printemps dernier. Ce samedi là, il était presque désert et nous avons eu tout le temps et le calme nécessaires pour flâner dans ce palais aux multiples recoins, moucharrabiehs, cours intérieures ombragées de palmiers, et nous imprégner de cet art à mi chemin entre l'antiquité et le moyen âge : le christianisme copte se mélange d'abord avec le paganisme issu des influences greco-romaines subies par l'Egypte, lui même fortement mêlé avec tout le panthéon des anciennes divinités égyptiennes. Au début, c'est un syncrétisme très curieux, dans lequel se mêlent donc divinités antiques et figures christiques. Puis peu à peu l'iconographie se recentre sur la Trinité, Marie, et les saints. De cette dernière époque datent de nombreuses et splendides icônes, dont la représentation rappelle fortement l'art orthodoxe. Autour de ce musée, de nombreuses églises très anciennes: l'une d'elle abrite dans sa crypte un puits où la sainte famille aurait puisé lors de son exil égyptien. Une autre, surnommé par les cairottes l'église suspendue, est construite sur une ancienne tour romaine, à douze mètres de hauteur. Une très belle synagogue. Et des ruelles étroites, d'où se dégage une atmosphère à part : on oublie que l'on est au Caire, et l'on est transporté au coeur de Jérusalem.
Nous avons profité du long week-end suivant pour voyager à El Gouna en compagnie d'expats. El Gouna ("la lagune"), est une station balnéaire de la mer rouge, issue d'un rêve de milliardaire égyptien. Pour avoir sa villa dans cet endroit dont il était tombé amoureux, il a dû construire en même temps tout un complexe hôtelier. Il en a profité pour établir un cahier des charges bien précis garantissant l'unité architecturale de cette ville nouvelle, chose unique sur la mer rouge, bordée de cités toutes construites avec une anarchie désolante. Appelée aussi la Venise de la mer rouge (l'appelation est prétentieuse), El Gouna est creusée de canaux, ce qui lui donne un certain charme. On prend un bac pour se rendre en centre ville, une barge pour aller à la plage. Le côté artificiel de la ville correspond bien à l'esprit "village vacances" qui y règne. En effet, rien d'égyptien à El Gouna, à part peut-être les serveurs et le personnel hôtelier. On ne parle qu'anglais, allemand, russe ou français, et si l'arabe se perçoit à quelque coin de rue, c'est celui de riches saoudiens ou qataris ; les prix sont en euros ou en dollars, les activités celles de n'importe quel club med (kite surf, plongée sous marine, ...) Je mentirais en disant qu'on en a pas profité : comme une parenthèse dorée dans notre quotidien très pop du Caire, nous avons apprécié ce lieu où tout n'est que calme, propreté, luxe, et où il y a de quoi claquer en une journée son indemnité de volontaire.Retour en 4X4 de luxe, la clim en plein désert, esprit expat jusqu'au bout.
Dès notre retour, j'ai relancé le transporteur, qui n'a pas trouvé mieux que de venir chercher mon passeport (pour le dédouanement) une semaine plus tard (autour du 20). J'espérais recevoir les malles pour mon anniversaire, et c'est ce qu'il m'avait laissé entendre lorsque je lui ai confié mes papiers. Mais les douaniers n'ont que faire de ces sentiments : ils ont continué à contrôler les containers en priorité sur les bagages de particuliers, et forcément à Alexandrie, il y a toujours de quoi faire. Voyant les jours passer, je me suis rabattu sur l'espoir que j'aurais les bagages à temps pour effectuer la sortie au Sinaï prévue avec la paroisse le jeudi 1 novembre, départ 7h30. Le lundi précédant, j'ai donc relancé pour la énième fois notre homme qui, m'a répondu que je n'aurais les bagages que jeudi. Je ne l'ai pas laché jusqu'à obtenir sa parole que j'aurais ("incha Allah"), les bagages mercredi.
Me voilà donc mercredi soir, à 23h30 à attendre le chauffeur de mes malles, qui tourne depuis déjà 10 minutes autour du pâté de maison sans trouver l'entrée. Je ressens la joie de revoir nos affaires, la peur que des choses aient disparu, l'appréhension aussi d'une nuit très courte suivie d'un voyage très long qui devait me conduire à une longue randonnée nocturne. Mais ne brûlons pas les étapes. Le chauffeur ne comprend pas un traître mot à me tentatives d'explications en arabe, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, et lui passer le gardien du Ramses, que j'ai réveillé pour l'occasion. 20 minutes plus tard, le même gardien a déjà effectué deux longs aller retours infructueux à la rencontre du chauffeur, il s'est énervé plusieurs fois au téléphone en essayant de lui indiquer le chemin, pourtant simple, pour arriver. Evidemment, le chauffeur n'a jamais mis les pieds au Caire, évidemment il n'est pas venu avec une camionette ou un pick up qui nous permettrait de le repérer, mais avec une vieille fiat tout ce qu'il y a de plus banal au Caire. Minuit : je suis affalé sur la chaise du gardien devant l'entrée de la résidence, plus d'ongles à ronger, les passants se demandent ce que je fais là. Je vois soudain une voiture s'arrêter, des types me font de grands signes en riant aux éclats. Au Caire, tout le monde a la moquerie facile et il n'est pas rare de voir les visages hilares de quelques autochtones tournés vers vous dans la rue. Mais cette fois c'est bien notre homme, le gardien l'a trouvé (Al Hamdulillah!). Dix minutes plus tard (il a encore réussi à se perdre dans l'école!!!), il dépose devant la résidence mes trois malles entrouvertes et couvertes de poussière. Un seul cadenas a résisté aux pieds de biches (nous avions pourtant laissé les doubles au transporteur...): mal lui en a pris, c'est la fermeture de la malle qui a été arrachée. Je ne suis pas très généreux pour le pourboire du chauffeur: j'ai décidé de le donner plutôt au gardien qui m'a sacrément rendu service. 1h, ça y est les malles sont là : yes. Nous commençons à les déballer fébrilement, comme des gosses ouvrant leurs cadeaux de noël. Tout est sans dessus dessous, mais apparamment rien ne manque. Je me prépare à passer une courte nuit pour être au rendez vous de 7h15 devant le presbytère...