dimanche 4 novembre 2007

Un mois

Bonjour à tous,
voilà un mois que nous faisons les flemmards, et vous laissons sans nouvelles. Nous vous avions quitté début octobre avec nos soucis de bagages non accompagnés et notre excursion à Alexandrie. L'épisode bagage n'est pas resté sans suite. Nous avons finalement récupéré nos passeports au CFCC (Centre Français de Culture et de Coopération) avec les permis de travail pour cette année. Soit dit en passant, nous avions donné ces passeports fin août : ils n'ont été expédiés au ministère que le 12 septembre pour le mien, et le 30 pour Elsa ! Encore une illustration de la proverbiale lenteur de l'administration, en Egypte plus sensible encore qu'ailleurs. Bref, nous avons reçu nos documents, et j'ai tout de suite contacté le transporteur, par le truchement de Salwa Agag, notre référente locale arabophone. Las ! Deux week ends fériés (les samedis 6 et 13 octobre: à ce sujet, voir l'article "mémoire") l'obligeaient à garder mon passeport longtemps, trop longtemps à mon goût, et nous empêchaient du même coup de voyager à notre gré pendant l'une des rares périodes de vacances que nous avons en commun. Nous avons donc préféré attendre la fin de cette période.
Le 6, nous avons découvert avec émerveillement le quartier copte du Caire, l'un des plus anciens. La station de métro Mar Girgis (Saint Georges), débouche juste en face du musée copte, installé dans une splendide demeure au coeur d'un parc. En rénovation pendant plusieurs années, le musée a réouvert ses portes au printemps dernier. Ce samedi là, il était presque désert et nous avons eu tout le temps et le calme nécessaires pour flâner dans ce palais aux multiples recoins, moucharrabiehs, cours intérieures ombragées de palmiers, et nous imprégner de cet art à mi chemin entre l'antiquité et le moyen âge : le christianisme copte se mélange d'abord avec le paganisme issu des influences greco-romaines subies par l'Egypte, lui même fortement mêlé avec tout le panthéon des anciennes divinités égyptiennes. Au début, c'est un syncrétisme très curieux, dans lequel se mêlent donc divinités antiques et figures christiques. Puis peu à peu l'iconographie se recentre sur la Trinité, Marie, et les saints. De cette dernière époque datent de nombreuses et splendides icônes, dont la représentation rappelle fortement l'art orthodoxe. Autour de ce musée, de nombreuses églises très anciennes: l'une d'elle abrite dans sa crypte un puits où la sainte famille aurait puisé lors de son exil égyptien. Une autre, surnommé par les cairottes l'église suspendue, est construite sur une ancienne tour romaine, à douze mètres de hauteur. Une très belle synagogue. Et des ruelles étroites, d'où se dégage une atmosphère à part : on oublie que l'on est au Caire, et l'on est transporté au coeur de Jérusalem.
Nous avons profité du long week-end suivant pour voyager à El Gouna en compagnie d'expats. El Gouna ("la lagune"), est une station balnéaire de la mer rouge, issue d'un rêve de milliardaire égyptien. Pour avoir sa villa dans cet endroit dont il était tombé amoureux, il a dû construire en même temps tout un complexe hôtelier. Il en a profité pour établir un cahier des charges bien précis garantissant l'unité architecturale de cette ville nouvelle, chose unique sur la mer rouge, bordée de cités toutes construites avec une anarchie désolante. Appelée aussi la Venise de la mer rouge (l'appelation est prétentieuse), El Gouna est creusée de canaux, ce qui lui donne un certain charme. On prend un bac pour se rendre en centre ville, une barge pour aller à la plage. Le côté artificiel de la ville correspond bien à l'esprit "village vacances" qui y règne. En effet, rien d'égyptien à El Gouna, à part peut-être les serveurs et le personnel hôtelier. On ne parle qu'anglais, allemand, russe ou français, et si l'arabe se perçoit à quelque coin de rue, c'est celui de riches saoudiens ou qataris ; les prix sont en euros ou en dollars, les activités celles de n'importe quel club med (kite surf, plongée sous marine, ...) Je mentirais en disant qu'on en a pas profité : comme une parenthèse dorée dans notre quotidien très pop du Caire, nous avons apprécié ce lieu où tout n'est que calme, propreté, luxe, et où il y a de quoi claquer en une journée son indemnité de volontaire.Retour en 4X4 de luxe, la clim en plein désert, esprit expat jusqu'au bout.
Dès notre retour, j'ai relancé le transporteur, qui n'a pas trouvé mieux que de venir chercher mon passeport (pour le dédouanement) une semaine plus tard (autour du 20). J'espérais recevoir les malles pour mon anniversaire, et c'est ce qu'il m'avait laissé entendre lorsque je lui ai confié mes papiers. Mais les douaniers n'ont que faire de ces sentiments : ils ont continué à contrôler les containers en priorité sur les bagages de particuliers, et forcément à Alexandrie, il y a toujours de quoi faire. Voyant les jours passer, je me suis rabattu sur l'espoir que j'aurais les bagages à temps pour effectuer la sortie au Sinaï prévue avec la paroisse le jeudi 1 novembre, départ 7h30. Le lundi précédant, j'ai donc relancé pour la énième fois notre homme qui, m'a répondu que je n'aurais les bagages que jeudi. Je ne l'ai pas laché jusqu'à obtenir sa parole que j'aurais ("incha Allah"), les bagages mercredi.
Me voilà donc mercredi soir, à 23h30 à attendre le chauffeur de mes malles, qui tourne depuis déjà 10 minutes autour du pâté de maison sans trouver l'entrée. Je ressens la joie de revoir nos affaires, la peur que des choses aient disparu, l'appréhension aussi d'une nuit très courte suivie d'un voyage très long qui devait me conduire à une longue randonnée nocturne. Mais ne brûlons pas les étapes. Le chauffeur ne comprend pas un traître mot à me tentatives d'explications en arabe, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, et lui passer le gardien du Ramses, que j'ai réveillé pour l'occasion. 20 minutes plus tard, le même gardien a déjà effectué deux longs aller retours infructueux à la rencontre du chauffeur, il s'est énervé plusieurs fois au téléphone en essayant de lui indiquer le chemin, pourtant simple, pour arriver. Evidemment, le chauffeur n'a jamais mis les pieds au Caire, évidemment il n'est pas venu avec une camionette ou un pick up qui nous permettrait de le repérer, mais avec une vieille fiat tout ce qu'il y a de plus banal au Caire. Minuit : je suis affalé sur la chaise du gardien devant l'entrée de la résidence, plus d'ongles à ronger, les passants se demandent ce que je fais là. Je vois soudain une voiture s'arrêter, des types me font de grands signes en riant aux éclats. Au Caire, tout le monde a la moquerie facile et il n'est pas rare de voir les visages hilares de quelques autochtones tournés vers vous dans la rue. Mais cette fois c'est bien notre homme, le gardien l'a trouvé (Al Hamdulillah!). Dix minutes plus tard (il a encore réussi à se perdre dans l'école!!!), il dépose devant la résidence mes trois malles entrouvertes et couvertes de poussière. Un seul cadenas a résisté aux pieds de biches (nous avions pourtant laissé les doubles au transporteur...): mal lui en a pris, c'est la fermeture de la malle qui a été arrachée. Je ne suis pas très généreux pour le pourboire du chauffeur: j'ai décidé de le donner plutôt au gardien qui m'a sacrément rendu service. 1h, ça y est les malles sont là : yes. Nous commençons à les déballer fébrilement, comme des gosses ouvrant leurs cadeaux de noël. Tout est sans dessus dessous, mais apparamment rien ne manque. Je me prépare à passer une courte nuit pour être au rendez vous de 7h15 devant le presbytère...

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