mercredi 7 novembre 2007

Pas de photos

Jeudi matin, après une courte nuit, je rejoins Corinne, notre voisine envoyée du Défap, en bas de la résidence. Direction de le prebytère où nous avons rendez-vous pour le départ au Sinaï. Cette fois, c'est un grand car dans lequel pas mal de membres de la paroisse et quelques pièces rapportées prennent place.
Après 3-4 heures de route, nous effectuons une première escale après avoir franchi le canal de Suez, dans l'une des nombreuse plages privées, toutes plus moches les unes que les autres, qui bordent la mer Rouge. Celle-ci est particulièrement gratinée. Un grand hall d'entrée nickel, climatisé, puis une allée bordées de chambres à l'abandon, une piscine d'un vert de non retour, et la plage, où se dressent quelques vieilles paillottes rouillées. Malgré le côté motel pourri et les cahuttes tristounes, la mer est belle. Avec la marée basse, quelques bancs de sables émergent le long de la jetée qui s'effondre à moitié, et conduit nos regards à fleur d'un dégradé de bleus superbes. Sous une large pailotte, dont quelques palmes séchées cachent mal l'armature disloquée, nous mettons en commun nos pique-niques pour une agapée de babaghanoug, cuisses de poulets, pains baladi, chous africains, et sodas à volonté. En début d'après midi, départ pour la deuxième étape de notre voyage, qui nous conduit cette fois dans une vallée proche du monastère Sainte Catherine. Après un temps de recueillement, nous prenons notre repas sous une immense tente de laine, étendus sur des tapis, à la chaleur du feu, avant de dormir tant bien que mal jusqu'à minuit et demie. Plus motivé que jamais, notre groupe s'engouffre bientôt dans le car pour effectuer le dernier court trajet jusqu'au point de départ de la randonnée. A 1h du matin, encore assez peu de touristes. Et c'est parti, nous arpentons vaillament le large chemin, dépassons les hauts murs du monastère, puis l'armada de chameaux et de chameliers en quête de pélerins à soulager. Le chemin se rétrécit. Plus raide, il devient aussi plus irrégulier. Autour de nous, un paysage de montagnes pierreuses, blanchies par la lune. Après 1h30 d'ascension à grandes enjambées, nous arrivons au pied d'une barre rocheuse, que surmonte le mont Horeb, appelé ici Djebel Mossa (Mont Moïse). Nous traversons une faille dans la roche, atteingnons l'autre versant, et commençons le dernier trait de la randonnée. Un "escalier" de pierres irrégulières: plus que quelques centaines de marches et nous toucherons au but. On devine des deux côtés du sentier les caisses des bonimenteurs qui à la descente nous proposerons tout une panoplie d'objets en albâtre, de figurines de pierres, d'éclats de cristaux. Bientôt la pente se fait moins raide, nous arrivons à une petite chapelle d'où s'exhalent des odeurs d'encens, et le son monocorde d'une prière copte. Il est 3h du matin et des pélerins célèbrent une messe. Je ne réussis pas à savoir en quel honneur. Je pénètre toutefois à l'intérieur. La pièce mesure peut-être 6mètres sur 4, mais une cinquantaine de personnes sont présentes, brassées par la procession qui m'entraîne moi aussi devant l'autel où un moine copte, avec son énorme chignon et sa barbe de prophète se prépare pour je ne sais quel moment de la liturgie. La lumière est très douce, quelques bougies seulement; elle éclaire faiblement la nef basse et les quelques icônes. Je ressors de la chapelle, longe la paroi du bâtiment et m'avance vers le panorama, surplombant le promontoire en dessous duquel nous nous trouvions tout à l'heure. Un paysage lunaire que cette immense vallée déserte, où seules quelques sélénites lueurs accompagnent les randonneurs partis après nous. Quelques mètres en arrière se trouve aussi un autre bâtiment entouré d'une grille de fer forgé, ouverte par un portillon. Elle donne sur un autre promontoire, au sud-est. A l'arrière des deux édifices, à l'ouest, s'étend une longue succession de sommets éclairés par la lune. Je fais quelques photos en ouverture longue, puis rattrappé par la fatigue accumulée, je rejoins mes compagnons d'ascension adossés à la paroi de la chapelle, serrés et enmitouflés sous quelques couvertures loués au prix fort. Impossible de dormir avec le froid et surtout le bruit des pélerins de plus en plus nombreux avec l'approche de l'aube. Le lever de soleil s'annonce bientôt. Il est temps de trouver une bonne place pour admirer tout ça. Sur le promontoire à l'avant du second bâtiment, je m'installe à côté de boliviens qui chantent des cantiques pour se réchauffer et réclamer la bénédiction de Dieu sur leur pays. Il arrive enfin, le soleil, “el shams”, pulvérisant d'abord dans le ciel une vaste palette de couleurs dans les tons jaunes, puis rouges, qui tranchent avec les silhouettes bleutées des montagnes. La lumière argentée de la lune cède la place aux lueurs de l'aurore, et rend peu à peu aux reliefs avoisinant leur couleur réelle. Le gris domine d'abord, tirant ensuite sur le marron puis le rose, bientôt rendu plus profond avec la lumière directe du soleil, tandis que les ombres reprennent leur teintes ocres-brun.

Le soleil à peine levé, les guides les plus pressés rassemblent déjà leurs groupes pour entamer la redescente: quelle pitié de retrouver ce rythme effreiné, si typiquement occidental, et dont j'avais oublié la pesanteur et l'absurdité au contact de mes frères africains et de mes collègues égyptiens. Notre guide, lui aussi, est pressé de regagner la vallée. Peut-être cela lui permettra-t-il de faire une nouvelle ascension avant que le soleil ne soit trop haut? Nous nous insérons donc dans la longue file absurde des touristes, à la queue leu leu, qui regardent déjà en bas alors que le ciel n'a pas fini d'être rempli de la lumière du soleil. Il me semble quitter le spectacle avant la fin. D'ailleurs, la descente nous offre encore son lot de points de vue époustouflants. Le monastère Ste Catherine, à peine éveillé, nous accueille en bas deux deures plus tard. Hélàs, c'est un de ses jours de fermeture (je peste contre les organisateurs de la sortie qui ne l'ont pas vérifié à temps). Je me console avec un expresso imbuvable tarif avenue Montaigne, servi par l'une des nombreuses échoppes qui entourent le parking point de départ de la balade. Le car se remplit au gré des arrivées échelonnées. Nous repartons vers 11h, pour un trajet on ne peut plus calme. Nous arrivons au Caire vers 17h. Accompagné de Corine, de notre ami Michel et de la femme du pasteur (ces derniers, qui n'ont pas fait l'ascension, veulent assister à la vente de charité organisée au profit de l'orphelinat qui se tient dans l'enceinte du NRC), on prend un taxi pour effectuer le dernier court trajet entre le centre ville et le collège. Dernière mésaventure, alors que nous arrivons devant les grilles du collège, le taxi se met à crier comme un putois devant la somme que je lui ai tendue. Voulant éviter une discussion pénible, je sors précipitamment du véhicule, lui donne une livre de plus, qu'il m'arrache tout de même des mains, puis m'éloigne du tacot sans me retourner. Ce n'est que douché et reposé que je m'aperçois que je n'ai plus mon appareil. Autant dire que mon brave chauffeur ne le ramènera pas, puisqu'il va tripler son salaire en le revendant. Dommage pour l'appareil, et dommage surtout pour toutes les photos que j'avais amoureusement cadré pour partager ces moments avec Elsa et avec vous. “Maalesh” signifie à peu près “tant pis”. Les égyptiens se gargarisent de ce mot. Avec tous les contretemps, toutes les contrariétés qu'on subit ici, il y a en effet de quoi devenir philosophe. (pas de photos: CQFD)

P.S.: autre version de cette ascension (avec photos) sur le blog de Corinne:http://corinefertiti.blog.lemonde.fr/2007/11/12/aventures-au-sinai-episode-2/


2 commentaires:

Anonyme a dit…

"Ne pleure pas Samuel, nous t'en donnerons, nous t'en donnerons... !" Au hasard de nos lieux de visite, je t'ai pris en photo et curieusement comme un signe, chaque fois ... tu es en traion de prendre une photo !!!

Anonyme a dit…

Bonjour les exilés, bienheureux aussi,
Juste un petit signe de la main par-dessus la mer pourvous remercier pour votre prose, qui nous rappelle notre visite au Caire, quand sébastien et jane (puis la petite Marie- y étaient.
Nous croyons reconnaître une ambiance, quelquefois un bâtiment, et même un prénom (mais là c'est aléatoire): Michel, séb et jane avaient un bon ami égyptien de ce nom, qui aimait énormément la chanson française de variété et qui leur a rendu visite une fois en France...
Peu importe. En retard, bon anniversaire aussi...
Bien chaleureusement à vous deux, gérard et christiane FATH