jeudi 29 mai 2008
Elio: deux semaines de vie
Enfin il m'est à nouveau possible de publier des photos sur ce blog. Attention on a mitraillé depuis la naissance d'Elio. Vous allez le voir sous toutes les coutures (neuves).









dimanche 18 mai 2008
Elio
Chers tous,
Dans la petite clinique Al Nada au coeur du gigantesque Caire, sur la petite île Manial bercée par les eaux du Nil, est né ce jeudi 15 mai 2008 à 11H40 Elio. Il est en parfaite santé et sa maman aussi Al Hamdullilah (grâce à Dieu) Les amoureux des nombres peuvent se réjouir: il pèse 3,350 kg et mesure 50cm!
Nous avons un problème de connexion internet depuis la clinique. Aussi ne puis-je joindre de photo à ce message. Je le ferai dès que possible.
Amitiés à tous,
Samuel et Elsa
Dans la petite clinique Al Nada au coeur du gigantesque Caire, sur la petite île Manial bercée par les eaux du Nil, est né ce jeudi 15 mai 2008 à 11H40 Elio. Il est en parfaite santé et sa maman aussi Al Hamdullilah (grâce à Dieu) Les amoureux des nombres peuvent se réjouir: il pèse 3,350 kg et mesure 50cm!
Nous avons un problème de connexion internet depuis la clinique. Aussi ne puis-je joindre de photo à ce message. Je le ferai dès que possible.
Amitiés à tous,
Samuel et Elsa
vendredi 9 mai 2008
11 mai 2008 Théâtre de rue
Sur le chemin de l'orphelinat, où les filles, comme tous les égyptiens de leur âge, s'apprêtent à passer leurs premiers examens de fin d'année, j'emprunte une rue fabuleuse. C'est dans ces rues grouillantes de vie, dépourvues de toute propreté et de tout ordre, que bat le coeur de "la victorieuse", Al Qahira. D'abord ce sont les odeurs, le parfum des pêches gorgées de soleil et de limon, la puanteur des poubelles où s'entassent de rares déchets, immédiatement pillés par les chats, les chiens, puis par les chiffonniers; à la succession des échoppes et ateliers se superpose une géographie olfactive qui vous dilate les narines et vous chatouille les sinus : scieries, garages, immeubles en construction, étals des marchands de volailles, d'oignons, de mouloukheyya, cafés, boulangerie, fabrique de darboukas... Un échaffaudage, à six mètres du sol déjà, s'élève de toute sa hauteur menaçante à l'aplomb de la rue. Les chevrons sont disposés à l'avenant, maintenus par des cordes enmêlées en de curieux brelages, et tiennent par la grâce d'Allah. J'accélère le pas. Un peu plus loin, deux jeunes à moto me lancent un grand sourire et me coupent la route en tournant au dernier moment devant moi. Sur un cageot à volailles, une petite fille paisible, que son père a déposé là le temps d'effectuer quelque course, surveille depuis son mirador improvisé le cageot voisin : là, une dinde efflanquée et déjà à moitié plumée (pratique), piétine allègrement un lapin angora, qui, ultime coquetterie, tient entre ses pattes son oreille velue et la nettoie consciencieusement. A quelques mètres de là, sous les billes médusées d'une fratrie de poulets faméliques, la machine à plumer tournoie, et, à intervalles réguliers, dépasse une patte folle et désarticulée. De son coin de rue aménagé, entre de hauts murs de poteries, l'exotique monsieur Loyal de ce cirque longiligne m'adresse un salut corse. Sa main levée ouverte, dont il me présente le trachant, pourrait aussi bien me menacer d'une raclée, son regard est franc, et la commissure de ses lèvres inertes.
Vendredi 9 mai 2008
En début de semaine, presqu'un un mois pile après les manifestations avortées contre l'inflation intenable (chacun avait été courtoisement prévenu que tout manifestant serait mis en prison), voici ce qu'on pouvait lire dans un journal "d'état", à l'occasion des 80ans du président:
Bon anniversaire l'architecte de la première frappe aérienne de la glorieuse victoire d'Octobre 1973 ! Bon anniversaire le héros de la justice sociale! Bon anniversaire le cher leader de tout Egyptien! Bon anniversaire le défenseur du citoyen à revenu limité!
[...] Avec fierté et dévotion, l'Egypte toute entière célèbre aujourd'hui l'anniversaire du héros de la glorieuse Guerre d'Octobre qui fait le maximum pour placer l'Egypte parmi les pays modernes qui se basent solidement sur la démocratie et la liberté d'expression.
[...] A l'ère Moubarak on voit maintenant les jeunes de plus en plus impliqués dans la vie politique, une liberté d'expression élargie plus que jamais, un dialogue social de très haut niveau dans le but d'assurer tous les besoins du citoyen.
[...] Merci Monsieur le Président d'avoir ainsi su conduire la nation à bon port.
L'appellation "cher leader" vous rappelle quelque chose? Elle en effet systématiquement apposée au nom du doux Kim Jong Il. Pour compléter ces voeux, figurait vis à vis de l'article une photo du président en costume élégant, caressant des épis de blés mûrs dans un champ prêt pour la moisson, tout à fait dans le goût iconographique des fresques staliniennes ou maoïstes.
Il est facile d'ironiser sur de tels propos. Pourtant, comme dans la France du XVIIème, le peuple aime sincèrement le roi. Certes, c'est par ignorance. Certes, il semble aujourd'hui se dessiner une conscience politique, légèrement plus critique à l'égard de la classe dirigeante. Mais ce recul n'exclut pas une réelle reconnaissance envers le dirigeant actuel qui, on ne peut le nier, a modernisé l'économie et le pays tout entier. Une question me turlupine, qui titille sans doute aussi le bon peuple égyptien. Comment sera l'après- Moubarak? Plusieurs options se profilent : 1° au président actuel succède son fils, Gamal, actuellement dirigeant du Parti National Démocrate (PND), mais cette transmission de pouvoir au sein d'une même famille serait trop manifestement "anti-démocratique". 2° Le parti interdit (tabou serait le mot plus exact) des Frères Musulmans parvient à se hisser au pouvoir, et accole le terme "islamique" à l'actuelle "République Arabe d'Egypte" pour en faire une théocratie à l'iranienne. 3° Dans un deus ex machina, les Etats-Unis ou la communauté internationale place un pion censé instaurer une pseudo-démocratie à l'occidentale 4° Contre toute attente, le choix du futur dirigeant se fait à la régulière, par les urnes (n'oublions pas que l'élection du président au suffrage universel direct a été adoptée).
Dans tous les cas la succession sera difficile. On dit que la démocratie est la pire des dictatures, car elle est la dictature du plus grand nombre sur le plus petit. Bien sûr elle garantit à tous liberté de parole et d'opinion. Mais elle implique nécessairement contradiction. Or dans un pays qui depuis 50 ans n'a pas connu, et donc pas eu à gérer cette contradiction, l'apparition de telles tensions est synonyme d'instabilité politique. Au contraire, un pouvoir fort, qui met tout en oeuvre pour se maintenir aux commandes, met tout le monde à égalité en écrasant certes, mais gomme les différences et les tensions entre populations, groupes politiques, sociaux, ethniques ou religieux. On pourrait appeler ça l'effet "Sadam".
Bon anniversaire l'architecte de la première frappe aérienne de la glorieuse victoire d'Octobre 1973 ! Bon anniversaire le héros de la justice sociale! Bon anniversaire le cher leader de tout Egyptien! Bon anniversaire le défenseur du citoyen à revenu limité!
[...] Avec fierté et dévotion, l'Egypte toute entière célèbre aujourd'hui l'anniversaire du héros de la glorieuse Guerre d'Octobre qui fait le maximum pour placer l'Egypte parmi les pays modernes qui se basent solidement sur la démocratie et la liberté d'expression.
[...] A l'ère Moubarak on voit maintenant les jeunes de plus en plus impliqués dans la vie politique, une liberté d'expression élargie plus que jamais, un dialogue social de très haut niveau dans le but d'assurer tous les besoins du citoyen.
[...] Merci Monsieur le Président d'avoir ainsi su conduire la nation à bon port.
L'appellation "cher leader" vous rappelle quelque chose? Elle en effet systématiquement apposée au nom du doux Kim Jong Il. Pour compléter ces voeux, figurait vis à vis de l'article une photo du président en costume élégant, caressant des épis de blés mûrs dans un champ prêt pour la moisson, tout à fait dans le goût iconographique des fresques staliniennes ou maoïstes.
Il est facile d'ironiser sur de tels propos. Pourtant, comme dans la France du XVIIème, le peuple aime sincèrement le roi. Certes, c'est par ignorance. Certes, il semble aujourd'hui se dessiner une conscience politique, légèrement plus critique à l'égard de la classe dirigeante. Mais ce recul n'exclut pas une réelle reconnaissance envers le dirigeant actuel qui, on ne peut le nier, a modernisé l'économie et le pays tout entier. Une question me turlupine, qui titille sans doute aussi le bon peuple égyptien. Comment sera l'après- Moubarak? Plusieurs options se profilent : 1° au président actuel succède son fils, Gamal, actuellement dirigeant du Parti National Démocrate (PND), mais cette transmission de pouvoir au sein d'une même famille serait trop manifestement "anti-démocratique". 2° Le parti interdit (tabou serait le mot plus exact) des Frères Musulmans parvient à se hisser au pouvoir, et accole le terme "islamique" à l'actuelle "République Arabe d'Egypte" pour en faire une théocratie à l'iranienne. 3° Dans un deus ex machina, les Etats-Unis ou la communauté internationale place un pion censé instaurer une pseudo-démocratie à l'occidentale 4° Contre toute attente, le choix du futur dirigeant se fait à la régulière, par les urnes (n'oublions pas que l'élection du président au suffrage universel direct a été adoptée).
Dans tous les cas la succession sera difficile. On dit que la démocratie est la pire des dictatures, car elle est la dictature du plus grand nombre sur le plus petit. Bien sûr elle garantit à tous liberté de parole et d'opinion. Mais elle implique nécessairement contradiction. Or dans un pays qui depuis 50 ans n'a pas connu, et donc pas eu à gérer cette contradiction, l'apparition de telles tensions est synonyme d'instabilité politique. Au contraire, un pouvoir fort, qui met tout en oeuvre pour se maintenir aux commandes, met tout le monde à égalité en écrasant certes, mais gomme les différences et les tensions entre populations, groupes politiques, sociaux, ethniques ou religieux. On pourrait appeler ça l'effet "Sadam".
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mardi 6 mai 2008
06 mai 2008
Le prix des matières premières augmentant les populations dites précaires sont en première ligne. Depuis de nombreuses années, le pain baladi, c-a-d fait de farine grossière, est subventionné par l'état. Il est vendu à 30 piastres. Avec la flambée des prix des céréales ceux qui jusque là achetaient des pains de meilleure qualité ont dû se rabattre sur le baladi, occasionnant dès l'aube, des files d'attentes interminables devant les boulangeries. Les premiers arrivés sont les premiers servis; pour les autres, plus rien, jusqu'à la prochaine fournée.
La chère est triste hélas quand on n'a plus une livre.
La chère est triste hélas quand on n'a plus une livre.
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