vendredi 9 mai 2008

Vendredi 9 mai 2008

En début de semaine, presqu'un un mois pile après les manifestations avortées contre l'inflation intenable (chacun avait été courtoisement prévenu que tout manifestant serait mis en prison), voici ce qu'on pouvait lire dans un journal "d'état", à l'occasion des 80ans du président:
Bon anniversaire l'architecte de la première frappe aérienne de la glorieuse victoire d'Octobre 1973 ! Bon anniversaire le héros de la justice sociale! Bon anniversaire le cher leader de tout Egyptien! Bon anniversaire le défenseur du citoyen à revenu limité!
[...] Avec fierté et dévotion, l'Egypte toute entière célèbre aujourd'hui l'anniversaire du héros de la glorieuse Guerre d'Octobre qui fait le maximum pour placer l'Egypte parmi les pays modernes qui se basent solidement sur la démocratie et la liberté d'expression.
[...] A l'ère Moubarak on voit maintenant les jeunes de plus en plus impliqués dans la vie politique, une liberté d'expression élargie plus que jamais, un dialogue social de très haut niveau dans le but d'assurer tous les besoins du citoyen.
[...] Merci Monsieur le Président d'avoir ainsi su conduire la nation à bon port.
L'appellation "cher leader" vous rappelle quelque chose? Elle en effet systématiquement apposée au nom du doux Kim Jong Il. Pour compléter ces voeux, figurait vis à vis de l'article une photo du président en costume élégant, caressant des épis de blés mûrs dans un champ prêt pour la moisson, tout à fait dans le goût iconographique des fresques staliniennes ou maoïstes.
Il est facile d'ironiser sur de tels propos. Pourtant, comme dans la France du XVIIème, le peuple aime sincèrement le roi. Certes, c'est par ignorance. Certes, il semble aujourd'hui se dessiner une conscience politique, légèrement plus critique à l'égard de la classe dirigeante. Mais ce recul n'exclut pas une réelle reconnaissance envers le dirigeant actuel qui, on ne peut le nier, a modernisé l'économie et le pays tout entier. Une question me turlupine, qui titille sans doute aussi le bon peuple égyptien. Comment sera l'après- Moubarak? Plusieurs options se profilent : 1° au président actuel succède son fils, Gamal, actuellement dirigeant du Parti National Démocrate (PND), mais cette transmission de pouvoir au sein d'une même famille serait trop manifestement "anti-démocratique". 2° Le parti interdit (tabou serait le mot plus exact) des Frères Musulmans parvient à se hisser au pouvoir, et accole le terme "islamique" à l'actuelle "République Arabe d'Egypte" pour en faire une théocratie à l'iranienne. 3° Dans un deus ex machina, les Etats-Unis ou la communauté internationale place un pion censé instaurer une pseudo-démocratie à l'occidentale 4° Contre toute attente, le choix du futur dirigeant se fait à la régulière, par les urnes (n'oublions pas que l'élection du président au suffrage universel direct a été adoptée).
Dans tous les cas la succession sera difficile. On dit que la démocratie est la pire des dictatures, car elle est la dictature du plus grand nombre sur le plus petit. Bien sûr elle garantit à tous liberté de parole et d'opinion. Mais elle implique nécessairement contradiction. Or dans un pays qui depuis 50 ans n'a pas connu, et donc pas eu à gérer cette contradiction, l'apparition de telles tensions est synonyme d'instabilité politique. Au contraire, un pouvoir fort, qui met tout en oeuvre pour se maintenir aux commandes, met tout le monde à égalité en écrasant certes, mais gomme les différences et les tensions entre populations, groupes politiques, sociaux, ethniques ou religieux. On pourrait appeler ça l'effet "Sadam".



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