vendredi 7 novembre 2008

Gayer Anderson


"Il était une fois un médecin de l'armée britannique, en exercice au Caire dans les années 1940.
Connaissant ses goûts de collectionneur, le roi Farouk Ier lui confia deux magnifiques maisons mitoyennes à l'abandon;


à charge pour Gayer-Anderson, car c'était son nom, de restaurer de meubler, bref, de remplir ces demeures à d'architecture islamique, et de les laisser en l'état à son départ.


Une mission périlleuse, mais qui ne fit pas peur à notre agent britannique" - de son côté, c'était tout bénef pour le roi d'Egypte. "L'anglais restaura patiemment les deux maisons, aménagea des passages entre elles, les remplit enfin d'objets de différents styles et époques de l'art islamique, oriental ou égyptien. Le résultat fut à la hauteur des espérances du monarque.


Et c'est ainsi", conclut notre guide essoufflé par les marches, "que cette magnifique maison servit de décor à James Bond". Ineffables égyptiens, toujours un peu bling bling. J'avoue que je les en aime d'autant plus.

Enfin vous l'avez compris, on voyage de pièces en pièces, entre la Perse et la Chine, l'Egypte ancienne, l'Angleterre et la Turquie.


La terre d'Islam est incarnée par mille objets. Mais l'intérêt de la visite réside surtout dans la découverte d'une architecture traditionnelle : dans telle vaste pièce, un meuble fixé au sol pivote et découvre une citerne remplie d'eau ; le toit est ceint de panneaux en moucharrabieh, permettant aux femmes de se prélasser sur la terrasse sans crainte d'être observées ;






enfin, la pièce de réception (celle de James Bond, donc), au centre de laquelle trône une fontaine en assemblage de marbres, comporte une galerie destinée aux musiciens et aux femmes...




... Femmes toujours censées observer de loin les réjouissances (lisez la trilogie de Naguib Mahfouz, c'est excellent). D'ailleurs, lors de notre passage, il en restait une.


J'entends d'ici quelques mauvaises langues aux yeux perçants (si si ça existe), me faire remarquer qu'on est sur presque toutes les photos. Le musée étant vide, notre guide en a profité pour laisser parler ses talents de photographe et il n'a cessé de nous demander de prendre la pose. Et pis d'abord c'est notre blog alors si vous n'êtes pas contents...

lundi 3 novembre 2008

Alf Mabrouk Mohamed Abu Mostafa !*

Tout à l'heure, en rentrant du centre ville, j'aborde un premier taxi, qui me prend... et me dépose 10mètres plus loin, s'excusant de ne pouvoir me conduire à destination. Soit. J'en arrête donc un deuxième. La conversation s'engage tout naturellement sur le prix de la course :
- Tu me donnes combien?
- (Avec mon plus beau sourire) Je sais pas... disons... 8 livres.
- (très souriant lui aussi) (quelle ambiance, en général ces choses là se font plus gravement) Non non, quinze.
- Allez huit... bon va pour neuf
- quinze
- Bon dix, c'est mon dernier prix.
- Allez... quinze
- je suis pas un touriste
- (il se marre) allez, t'es sympa
- c'est toi le meilleur, tu sais, je suis égyptien 100%
Alors qu'il se marre toujours, son portable sonne. Il répond, excité.
- adjpposqdlkdslfkjqd (je ne comprends pas ce qu'il me dit).
- répète?
- je viens d'avoir un garçon
- c'est pas vrai!...
- si al hamdullilah
- non c'est pas vrai!...
- je te jure !
- alors va pour quinze et plus même
- non non pour toi ce soir c'est gratuit
- non j'insiste. Félicitations, pacha, Dieu soit avec toi
- Et avec toi
...
(j'hallucine)
- Dis moi comment je l'appelle
- ... (là c'est sûr je vais me réveiller)
- Allez dis moi un nom et je le lui donne
- Non sérieux, je peux pas...
- Si si dis moi
- c'est ton fils, tu dois avoir des idées
- comment tu t'appelles?
- ...
- comment tu t'appelles?
- ... Samuel
- Samuel, dis moi comment j'appelle mon fils
- ... je peux te donner des idées si tu veux, mais c'est toi qui choisis
- non non dis moi comment je l'appelle.
- je peux pas
- allez dis moi
- ................ t'es musulman ou chrétien?
- musulman
- je sais pas (je repasse dans ma tête les prénoms que je connais, très peu me viennent évidemment) ..................... Ahmed? Moustafa? ...
- Moustafa...
(le téléphone re-sonne):
- Allô, oui, un garçon, al hamdullillah, il s'appelle Moustafa... Non c'est pas moi qui ai choisi, c'est un gars à côté de moi... un -tu viens d'où ?-de france- ... un français... allez bye
- Moustafa c'est très joli
- félicitations vraiment, vous êtes dans mon coeur
le tél re-re-sonne:
-allô Fatma ma chérie, félicitation. Qu'est-ce que tu penses de Moustafa? ... toi aussi tu trouves ça joli?... Va pour Moustafa... non c'est Samuel, un français qui est avec moi qui a trouvé... oui je le dépose et j'arrive dans une demie heure (il raccroche) il aura ton visage
- ...
- etc...

Et voilà que je donne le nom d'un enfant dont je ne connais les parents ni d'Eve ni d'Adam. Quel pays!
Par acquis de conscience je regarde dans mon lexique le sens de Mustafa: élu de Dieu. Al hamdullillah, J'aurais pu être plus mal inspiré.
LONGUE VIE AU PETIT MOUSTAFA!

et * Mille félicitations à Mohamed, père de Mostafa

dimanche 2 novembre 2008

Y a plus d' saisons

Vendredi 24 octobre. C'est jour de congé alors on s'est dit qu'on pourrait aller au parc. Et puis le temps n'est pas si mal, le ciel est bleu ("labani", c'est à dire couleur lait, disent les égyptiens, allez savoir pourquoi) et l'air, pour une fois, presque clair. Mais, alors que nous sommes à table, la lumière baisse d'un coup et le vent se lève. Que se passe-t-il? Un ouragan que TV5monde a oublié d'annoncer?



Par la fenêtre, nous voyons tomber une chape de poussière et de brume sur la ville. On ne voit presque plus le collège du Sacré Coeur. Après quelques minutes, c'est la pluie qui se met à tomber. Nous sommes pourtant au mois d'octobre, et les premières pluies n'arrivent pas avant janvier ou février. Il n'y a plus de saisons.
Les enfants sont aux fenêtres. Ils savent qu'il n'y aura pas école si elle continue de tomber : trop dangereux, trop de bouchons, trop mouillé?




M'enfin, ce n'est pas nous qui allons nous en plaindre.
Au Caire aussi la pluie fait des claquettes, même si les bottes des militaires font parfois plus de bruit qu'elle. Nous la suivons sans complexe dans la cour qui prend tout à coup des allures de tropiques.


Mais pas de crabes, ni même d'escargots, le sol a à peine le temps de devenir brillant et la terre de prendre cette odeur mouillée, si rare en Egypte, que déjà l'averse s'arrête. Pour le plaisir de l'utiliser, on met quand même la capuche, comme ça.



Mais on finit par faire comme les cairotes : on attend le premier rayon de soleil, et là...



... on ferme les yeux et on prend une bonne bouffée de soleil.
Il faut faire vite, car déjà un embouteillage monstre s'est constitué rue Ramses. On finira notre après midi à regarder passer les voitures.