Après deux jours d'installation dans notre appart, rénové pendant l'été, j'ai fait ma pré rentrée jeudi 28 pour apprendre que la rentrée des élèves ne se fera que le 20 septembre (et encore, il paraît qu'il était question d'attendre la fin du Ramadan, début octobre). C'est d'autant plus étonnant qu'on a fini l'année plus tôt soi-disant pour pouvoir reprendre plus tôt, en même temps que le Ramadan. Enfin ne crachons pas dans la mouloukheyya, trois semaines de pré-rentrée, cela me laisse le temps de m'organiser,de m'avancer pour plusieurs semaines, voire de papoter avec les collègues (il faut bien se remettre à l'heure égyptienne), et surtout de m'occuper d'Elio. Car Elsa, elle, a eu sa pré-rentrée le samedi et sa rentrée le lundi suivant notre arrivée, comme en France. Elle a pu avoir son mi-temps, enfin juste un peu plus, 10 ou 11h, on ne sait pas encore. Pour l'instant, je peux revenir sans problème pour m'occuper d'Elio, et j'espère bien pouvoir organiser mon emploi du temps de manière à continuer à le faire. En effet, notre alternative, à part pour des gardes occasionnelles, est la "garderie" du New Ramses College. Entendez: une dame assise bras croisés regardant d'un oeil morne une tripotée de lardons (pardon, de moufflets) déchaînés, dont Elio serait le cadet, du haut de ses trois mois et demie. Très peu pour nous et encore moins pour lui! Il s'adapte néanmoins parfaitement à la vie égyptienne et promène déjà son regard blasé par les fenêtres des taxis, roulant à tombeau ouvert au milieu du fatras de la circulation. Rock 'n'roll, notre bébé!

Il pousse à une vitesse folle, attrappe ses pieds,nous comble de sourires, et en distribue allègrement aux Egyptiens béats devant cette merveille qui ne leur appartient pas (et toc).
A propos de merveille, nous avons pris la résolution de nous éloigner du Caire, si possible au moins un week end par mois. C'est ainsi que nous avons voyagé à Ismaïlia (à l'égyptienne, prononcez "Esma'elleyya"), la ville du Khedive Ismaël, pacha un tantinet mégalo, mais qui a eu le bon goût d'achever le canal de Suez entamé par papa Saïd. La ville qui porte son nom se trouve justement au milieu du canal, entre Suez et Port Saïd, au bord du lac Timsah.
Lors de sa création, la ville a bénéficié du creusement d'un canal d'eau douce, qui a favorisé la plantation de nombreux parcs, pelouses (ce qui est rare en Egypte), de véritables forêts de manguiers (ce qui l'est encore plus-pour les curieux le manguier a de faux airs de châtaignier) et bien sûr l'irrigation de toute la zone.
Dans cette ville, que certains considèrent comme morte faute d'activités
- il faut aimer se promener dans les parcs et regarder les cargos traîner leurs lourdes silhouettes sur le fin ruban du canal, de l'autre côté du lac-, nous avons passé un temps très ressourçant, requinquant, vert, comme on en a manqué l'an dernier, la "campagne" Caire souffrant quelque peu de la comparaison avec la forêt bellifontaine.
Ou alors flâner entre cafés et restaurants.
Nous avons logé à l'auberge de jeunesse. Confort spartiate dans ce bâtiment à la rudesse toute stalinienne, enfin nasserienne période coco, mais vue sur le lac imprenable, et son calme..." Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux."Lamartine

Nous fûmes pourtant réveillés le dimanche matin par un bruit pour le moins inattendu (en tout cas à 5h du matin). Un bruit sourd, mat, un bruit de ballon de basket.
Jouerait-on à l'étage, et à cette heure indue?
Et quelques égyptiens débordant de vigueur,
Auraient-ils le culot et cette idée tordue,
De nous tirer si tôt d'un sommeil bienfaiteur?
Jetant un oeil par la fenêtre, j'aperçus quelques types juchés sur leur barques, frappant la surface du lac à l'aide d'un débouche évier! Bigre!
Nous étions pourtant restés sobres la veille. J'observe leur manège quelques secondes avant de comprendre qu'ils font simplement leur métier: des pêcheurs, plombiers du lac en quelque sorte. Etirant leur filet entre deux barques, ils effraient les poissons à l'aide de leur débouche évier et les font fuir en direction du filet.
Après un petit déjeuner pris seuls (ramadan oblige) dans l'immense réfectoire, nous filons vers le seul hôtel de luxe de la ville pour profiter de sa piscine et y passons la journée. Au loin passent les cargos, tandis qu'Elio pour la première fois, se baigne comme les grands.
Le retour se fait de nuit - c'est à dire tôt, en ce moment dès 18h, le gouvernement ayant avancé le passage à l'heure d'hiver pour arranger les fidèles musulmans déjà éprouvés par un jeûne en période estivale - dans un wagon surclimatisé : difficile de penser que dehors il fait encore plus de trente degrés. on a pourtant le temps de méditer sur ces questions fondamentales, et sur d'autres, lorsqu'on parcourt 100km en trois heures...Aujourd'hui et pour encore deux jours, se tient le stage des profs de français des écoles du synode du Nil. Une cinquantaine de professeurs venus de toute l'Egypte profite d'une petite formation sur l'enseignement du français. C'est une remise à niveau culturelle; pour certains, venant de haute-Egypte, ou du Delta, cela s'apparente davantage à une formation initiale, car le niveau de langue est petit petit.
Et last but not least, hier (pour l'anniversaire de sa mamilou?) Elio nous fait entendre ses premiers éclats de rire. Quel bonheur.

2 commentaires:
Bon anniversaire Elsa !
Ton fils t'a fait un merveilleux cadeau
Son rire est trop mignon !
Désolé Elsa, ce n'est pas ton anniversaire, nous ne sommes pas en Juin.
Mamilou, c'est Flo ou M-Claire ?
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