Rassurez-vous, notre bébé y est toujours, même s'il manifeste une furieuse envie de jeter un coup d'oeil dehors, voir le monde de plus près. Mais au fait, comment le perçoit-il justement, ce monde duquel il n'est coupé que par une mince paroi? Comment se sent-on à l'intérieur d'une mère? Loin de moi l'idée de vous embringuer dans une réflexion psycho-métaphysique. Plus pragmatiquement, je m'en vais vous narrer une mésaventure survenue cette semaine.
Lecteurs peu téméraires,
Vous dont l'oeil se révulse à la première viscère
Âmes non-aguerries aux trop nombreux parterres
Tremblez à mon récit, riez de mes misères
Et découvrez céans ... l'intérieur d'une mère
Entre deux indigènes dans un taxi du Caire
(De ces taxis pourris, le genre que je préfère
Et qui fleurissent ici comme des primevères
Vétustes antiques usés, maintes fois centenaires)
Entre deux hommes donc, d'obédience berbère
L'un immense et ventru, son ami: le contraire,
Je filais ce soir là dans l'une des artères
De la ville Victoire, vieillarde pulmonaire,
Pizza sur les genoux, Pampers en bandoulière,
Serré, que dis-je!
Transi et compressé, sous-vide, privé d'air,
Suant au chaud contact de mes nouveaux compères,
Qui benoîtement comptaient les lampadaires
Avec l'air flegmatique de certains dromadaires.
Soudain, révélation, abaissant les paupières,
Me voici, transporté au tréfonds d'une mère,
Ô l'étrange atmosphère!
Tandis que le ventru, fervent buveur de bière
Inspire, le maigraillou vide sa cafetière
Les plèvres se répondent comme coéquipières
Se glonflant, se vidant, fugaces mongolfières
Me voici entouré, pris entre deux ornières
Deux évents capricieux _ tempête en pleine mer_
Manquant à la pudeur la plus élémentaire
(j'emprunte au père Brassens un de ses fameux vers)
Avec désinvolture, mes deux bons rastaquouères
Me rappellent à l'état de simple mammifère
Nageant dans le liquide entre deux hémisphères
Dans le silence abscons, condition éphémère,
Du ventre qui tissa et mes soeurs et mes frères.
De cette expérience, assez hospitalière
Je suis enfin tiré, ô arrêt salutaire
Lorsque mes acolytes, affectueux mercenaires
Ont l'heur de s'extirper du taxi pouponnière.
Souvent par grand hasard, un simple fait divers
Nous révèle énigmes et insondables mystères.
jeudi 27 mars 2008
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1 commentaire:
Salut les jeunes!
Toujours un plaisir de suivre vos (més)aventures et rencontres au fil de votre blog!
Le poème est un délice. J'ai beaucoup apprécié. Je vous embrasse.
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