vendredi 9 mai 2008

11 mai 2008 Théâtre de rue

Sur le chemin de l'orphelinat, où les filles, comme tous les égyptiens de leur âge, s'apprêtent à passer leurs premiers examens de fin d'année, j'emprunte une rue fabuleuse. C'est dans ces rues grouillantes de vie, dépourvues de toute propreté et de tout ordre, que bat le coeur de "la victorieuse", Al Qahira. D'abord ce sont les odeurs, le parfum des pêches gorgées de soleil et de limon, la puanteur des poubelles où s'entassent de rares déchets, immédiatement pillés par les chats, les chiens, puis par les chiffonniers; à la succession des échoppes et ateliers se superpose une géographie olfactive qui vous dilate les narines et vous chatouille les sinus : scieries, garages, immeubles en construction, étals des marchands de volailles, d'oignons, de mouloukheyya, cafés, boulangerie, fabrique de darboukas... Un échaffaudage, à six mètres du sol déjà, s'élève de toute sa hauteur menaçante à l'aplomb de la rue. Les chevrons sont disposés à l'avenant, maintenus par des cordes enmêlées en de curieux brelages, et tiennent par la grâce d'Allah. J'accélère le pas. Un peu plus loin, deux jeunes à moto me lancent un grand sourire et me coupent la route en tournant au dernier moment devant moi. Sur un cageot à volailles, une petite fille paisible, que son père a déposé là le temps d'effectuer quelque course, surveille depuis son mirador improvisé le cageot voisin : là, une dinde efflanquée et déjà à moitié plumée (pratique), piétine allègrement un lapin angora, qui, ultime coquetterie, tient entre ses pattes son oreille velue et la nettoie consciencieusement. A quelques mètres de là, sous les billes médusées d'une fratrie de poulets faméliques, la machine à plumer tournoie, et, à intervalles réguliers, dépasse une patte folle et désarticulée. De son coin de rue aménagé, entre de hauts murs de poteries, l'exotique monsieur Loyal de ce cirque longiligne m'adresse un salut corse. Sa main levée ouverte, dont il me présente le trachant, pourrait aussi bien me menacer d'une raclée, son regard est franc, et la commissure de ses lèvres inertes.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bienvenue Elio!
Bonsoir vous deux!
Je vous lis seulement maintenant puisque je viens enfin de récupérer l'adresse de votre blog. Quel régal! J'ai tout "épluché" avec ma curisosité naturelle et là, ben, wahoo! Photos polychromes, monochromes, prose captivante et vers bien tournés, il ne manquait effectivement que le son: génial! J'ai l'impression d'avoir fait un beau et long voyage. Merci!
Petite déception: il faudra que je patiente encore quelques jours pour découvrir la frimousse du petit prince du Caire!
Prenez bien soin de vous!
Ruth & Kug's